La voiture piégée de Bab Dzira (Alger)

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Mémoire. Pour les Algérois, le port d'Alger était scindé, durant la colonisation, en deux parties. El Marsa pour la partie Ouest réservée aux petites embarcations (de pêche et de plaisance) et Bab Dzira pour la partie Est où accostaient les bateaux de marchandises de gros tonnage. C'est cette dernière partie qui a été choisie par l'OAS pour commettre son attentat du 2 mai 1962 qui restera dans les annales tant par sa barbarie que par la méthode utilisée, inédite jusque-là, mais qui allait devenir une arme largement utilisée par le terrorisme international qui sévit actuellement de par le monde. Il était 6 heures du matin ce 2 mai 1962 à Bab Dzira devant le bureau des jetons (c'est ainsi qu'on appelait le bureau de recrutement des dockers). Comme tous les matins à cette heure-là une foule de chômeurs algériens (pas un seul français d'Algérie ne figurait dans cette foule) était agglutinée à attendre la distribution des jetons aux «hamalines» (dockers) qui allaient avoir la chance d'être choisis pour charger ou décharger, ce jour-là, les marchandises des bateaux. Le nombre de jetons était défini en fonction des besoins en «bras» nécessaires et des bateaux qui venaient d'accoster. Tous les chômeurs présents n'auront pas ce fameux ticket valable pour travailler un jour. Beaucoup s'en retourneront las avec le souci de trouver un autre moyen de «gagner» leur journée et rentrer chez eux avec quelque chose à manger pour leurs familles qui attendaient leur retour avec impatience. Le travail à Bab Dzira consistait à charger ou décharger les bateaux à dos d'hommes. C'est pourquoi les dockers étaient appelés les «hamaline». Le pluriel de «hamal» (porteur). La paie s'effectuait aussitôt le travail terminé. Dans la même journée. C'est dire la vie très aléatoire des Algériens à l'époque. On mangeait un jour et le lendemain on s'en remettait à Dieu. Pour espérer un autre jeton. Sinon, pour les «recalés» il restait les halles ou l'espoir de dénicher un déménagement ou un chantier qui avait besoin de manoeuvres. Malgré tout et dans la bouche des Algériens (les «bougnoules» comme nous désignaient les colons ou encore les «melons», les «ratons», etc) les «hamaline de Bab Dzira» prenait un tout autre sens que la misère que cela pouvait inspirer. C'était la force et le courage chez des hommes qui assumaient vaillamment leurs responsabilités de chefs de familles qu'il fallait nourrir. Il fallait être robuste pour faire ce métier. Des heures et des heures à aller et venir du bateau à la terre ferme plié sous le poids des sacs sur le dos. Ce sont ces hommes que l'OAS avait ciblés le 2 mai 1962. 200 parmi eux y laissèrent leur vie ce jour-là. 250 autres ont été blessés. L'OAS était composée de colons parmi les plus haineux. D'ailleurs, le lendemain 3 mai 1962, ces mêmes terroristes ont tenté d'incendier toute la Casbah en lançant à partir de Bab Djid (la partie haute de la vieille ville) un camion citerne plein de 12.000 litres de mazout qui devaient déferler à travers les étroites ruelles de la cité en propageant l'incendie. Le camion n'a pas suivi la trajectoire prévue et la catastrophe a été évitée de justesse. Toujours avec la même haine, deux jours plus tard, les criminels de l'OAS ont décidé d'assassiner toutes les femmes de ménage (les Fatma comme ils les désignaient) qui se rendaient à leur travail chez les colons. Il y eut beaucoup de corps au voile blanc taché de sang dans les rues d'Alger ce jour-là. Peu après c'est, carrément, le déclenchement de la «terre brûlée» avec comme point de départ l'incendie de la bibliothèque de la faculté d'Alger. C'est cette douloureuse page de notre histoire que notre pays vient de commémorer le 55ème anniversaire, lors de la cérémonie présidée, sur les lieux de l'attentat, par le Premier ministre, Abdelmalek Sellal. Ce qui vient à l'esprit également c'est cette introduction (pour ne pas dire invention) de la voiture piégée, pour la première fois et adoptée, depuis par le terrorisme international. De l'attentat du boulevard Amirouche à Alger en 1994 jusqu'à Mossoul et Baghdad en Irak, aujourd'hui, en passant pat la Syrie, l'Afghanistan et dans toutes les zones de conflits où sévit le terrorisme. C'est l'OAS qui a «inventé» la voiture piégée. Comme a été inventé en Algérie le détournement des avions en 1956 qui a permis l'arrestation de Ben Bella, Boudiaf, Ait Ahmed et leurs compagnons. Si l'on retient ces faits en y ajoutant que c'est aussi en Algérie que le terrorisme «islamiste» a été «inventé», on a le fil d'Ariane qui conduit aux véritables sources de ce fléau mondial. Et puisque l'actualité s'y prête, rappellons que c'est en 1960 que Jean-Marie Le Pen a créé, avec Jean Robert Tomazo un autre officier de l'armée française comme lui, le Front National pour l'Algérie française (Fnaf) qui est devenu aujourd'hui FN. Avec pour candidate à l'Elysée sa fille. Toutes ces racines du mal mériteraient d'être saisies par nos chercheurs et historiens pour «plonger» dans leurs profondeurs. Comme toutes ces racines du mal qui ont pris naissance dans notre pays, devraient inciter le peuple algérien à rester vigilant. Et surtout uni!