La CNAS part en guerre contre le tabac

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Le vrai du faux. Beaucoup de cadres de la Cnas et à leur tête le DG, Tidjani Hassan Haddam, sont montés au créneau cette semaine pour «faire la peau» au tabagisme. A priori rien de plus normal. Le tabac nuit à la santé. Le tabac tue. Cela ne fait aucun doute. Le DG de la Cnas donne même le chiffre des décès dus au tabac. Ce sont 15.000 Algériens qui, selon lui, meurent chaque année du tabac. Il est même plus renseigné encore lorsqu'il affirme que «35% des cancers diagnostiqués sont causés par le tabac». Pour toutes ces raisons, «une campagne d'information et de sensibilisation sur les risques du tabagisme» vient d'être lancée par la Cnas. Celle-ci «s'inscrit dans le cadre stratégique de la Cnas 2017-2019, notamment dans son volet relatif à la prévention» a tenu à préciser Tidjani Hassan Haddam.
Cette lutte contre le tabac constitue «un axe prioritaire» dans la prévention des maladies non transmissibles ainsi que «la rationalisation» des dépenses pour un système de sécurité sociale «pérenne» a-t-il poursuivi. Prenant le relais médiatique, ses collaborateurs font état d'enquêtes réalisées auprès d'un échantillon d'assurés sociaux qui font ressortir que près de 30% d'entre eux fument ou chiquent. Il y a même un directeur d'une agence locale de Constantine qui avance une moyenne de cigarettes qui serait consommée par nos fumeurs et qui est, selon lui, de 15,3 cigarettes/jour. Presque un paquet par jour. L'enquête a eu lieu, selon lui, en plein Ramadhan. Ce qui veut dire qu'en temps ordinaire la consommation est pire. Tout ce branle-bas de combat des responsables de la Cnas serait tout à leur honneur s'il avait été d'ordre purement humanitaire. Or le DG l'a bien dit au début, le souci est «la rationalisation des dépenses» de la sécurité sociale. Donc rationalisation pour rationalisation, par quoi se caractérise cette «farouche» campagne? «En mettant à la disposition des citoyens des supports d'informations dans ce sens au niveau de toutes les structures de la caisse et auprès des praticiens de santé conventionnés» répond le DG. Ces «supports d'informations» ont un coût qui est à multiplier par le nombre des citoyens «assurés» qui sont 35 millions y compris les ayants droit. 35 millions de dépliants ou/et de brochures c'est tout de même une dépense conséquente sans aucune garantie d'utilité prouvée ou de «retour sur investissement». Avant d'engager de telles dépenses et surtout de justifier scientifiquement l'impact réel d'une telle campagne sur la décision des fumeurs, les responsables de la Cnas s'ils ne font pas dans l'humanitaire comme nous l'avons cité plus haut, ne semblent pas avoir eu, non plus, une vision assez large de gestionnaires. S'ils l'avaient eue, ils n'auraient pas négligé que les maladies non transmissibles sont aussi et surtout causées par les additifs alimentaires que le monde de l'industrie et de l'agriculture et même des artisans pâtissiers, nous oblige à ingurgiter chaque jour que Dieu fait. Tous ces produits chimiques que sont les arômes, les conservateurs, les colorants, les pesticides, sont autant de causes des maladies non transmissibles que le tabac. Et que le combat doit être global pour une bonne gestion comptable. Les responsables de la Cnas, en bons gestionnaires, auraient appris que le marché du tabac chez nous (et ailleurs) est le deuxième pourvoyeur de recettes fiscales après les hydrocarbures. Plus «froidement», l'argument, des 15.000 décès/an, avancé par le DG est tout «bénéf'» pour la caisse. Des remboursements médicaux et des pensions de retraite en moins à débourser. Quant aux «35% de cancers dus au tabac», les responsables de la Cnas devraient en faire une communication à l'adresse de la communauté scientifique internationale qui cherche toujours la ou les causes du cancer. Ceci étant, c'est la première fois qu'une institution publique se «tire une balle dans le pied». Tout en évitant d'affronter le lobby industriel des additifs qui est le véritable commanditaire des «maladies chroniques» qui saignent notre caisse de sécurité sociale. Hier, s'est ouvert en France un procès pas comme les autres. Un pneumologue, Michel Aubier, est poursuivi pour avoir «menti sous serment». Il avait notamment déclaré à une commission du Sénat que «le nombre de cancers dans les pathologies respiratoires (...) liées à la pollution est extrêmement faible». Il s'est avéré par la suite que ce pneumologue était grassement payé par le groupe pétrolier Total. Juste pour dire que des scientifiques véreux existent et peuvent entraîner des gestionnaires dans des terrains compromettants. La Cnas devrait chercher des experts en additifs alimentaires, ces perturbateurs endocriniens, pour se faire une idée de la cause de l'hémorragie financière qu'elle subit. La démarche vaut la peine!