L'Unicef, les migrants et la grande criminalité

Par

Confirmation. Lundi dernier, l'Unicef (agence de l'ONU) a publié un rapport sur l'exploitation des migrants subafricains par la grande criminalité. Le rapport contient une analyse pointue réalisée conjointement pat l'Unicef et l'OIM (Organisation internationale pour les migrations liée à l'ONU) sur les dangers que font peser les trafiquants en tous genres sur les jeunes migrants dont la vulnérabilité est incontestable. Le rapport qui traite du phénomène de manière globale met l'accent sur «les Africains subsahariens (qui) sont particulièrement vulnérables.
Plus de 80% (d'entre eux) ont signalé une exploitation». Les passeurs étant accusés d'être les premiers criminels à exploiter ces êtres humains en détresse. Viennent ensuite les contrebandiers, les trafiquants de drogue et toute la faune qui sévit dans la région du Sahel. En réalité, ce rapport intervient plusieurs mois après une polémique savamment orchestrée contre notre pays par des officines au sujet de ces migrants. Il confirme les déclarations des autorités algériennes sur ces risques. En effet, en juillet dernier, Ahmed Ouyahia, l'actuel Premier ministre, qui était à l'époque directeur de cabinet du président de la République, après avoir rappelé l'entrée illégale des migrants dans notre pays, a souligné que de par leur vulnérabilité, ces migrants étaient «une source de criminalité, de drogue et de plusieurs autres fléaux». Dès lors, «protéger le peuple algérien de cette anarchie» relève des missions de l'Etat. En toute souveraineté.
A son tour, notre ministre des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, a précisé quelques jours plus tard que «le flux des migrants africains, en nette progression ces derniers temps, représente une menace pour la sécurité du pays... (et que) les liens entre les réseaux de passeurs de migrants, le terrorisme, de trafic de drogue, et de contrebande» sont nettement établis.
C'est exactement ce qui est dit en détails, deux mois plus tard, dans le rapport de l'Unicef publié lundi dernier. Contrairement au tollé général orchestré par les «bien-pensants», notamment de certaines ONG, suite aux déclarations de nos officiels, le rapport de l'Unicef est passé sous silence. Et pour cause. La solution, l'unique solution, se trouve en aval de ces mouvements de populations. Laquelle solution, passe par l'aide au développement des pays émetteurs et non par des gesticulations hypocrites sur le sort de ces êtres humains une fois poussés à l'exil. La responsabilité des pays occidentaux est pleinement engagée dans ces mouvements migratoires. Historiquement. Politiquement. Economiquement. Socialement. L'origine de ces drames remonte aux empires coloniaux. Les conflits qui ont succédé aux indépendances ont été entretenus par les anciennes puissances coloniales. Les convoitises des richesses naturelles de ces pays ont donné lieu à de véritables pillages organisés par les multinationales. Avec au final, des discours «humanistes», louant les «vertus des droits de l'homme» par ce même Occident qui leur doit sa richesse et sa puissance, prennent l'allure d'une grande supercherie.
En prenant le seul cas de la Libye, même celui de la Syrie du reste, d'où partent les migrants vers l'Europe, on constate d'une part, que ce pays est plongé dans le chaos par l'agression occidentale et d'autre part, qu'aucune aide sérieuse n'est apportée par ces mêmes agresseurs pour rétablir la paix dans ce pays. Ce qui aurait, par voie de conséquence, l'avantage de tarir cette «source» de migrants. On peut en dire autant pour les pays de la région subsaharienne.
Des initiatives éhontées ont été avancées comme les milliards d'euros proposés par l'Union européenne à la Turquie pour qu'elle garde chez elle les réfugiés syriens pour ne plus les voir affluer sur le Vieux Continent. Que du colmatage. Aucune solution durable. D'autre part et lorsque les Etats-Unis décident de construire un mur le long de leur frontière avec le Mexique pour stopper les migrants, les «bien-pensants» qui hurlent contre les pays africains comme le nôtre, qui décident de se protéger en accordant toute l'importance à l'aspect humanitaire (accueil, nourriture, soins, organisations des retours en accord avec les pays concernés, etc.), baissent le ton devant une décision de la Maison-Blanche.
En réalité et disons-le franchement, ces mouvements migratoires ne sont pas organisés par les passeurs.
Ces derniers profitent d'une situation créée par les conflits qui, eux-mêmes, ont été créés par les puissants de ce monde. D'où le mérite de l'Unicef qui ose dénoncer les méfaits de cette mondialisation du chaos. Même si elle le fait avec beaucoup de contorsions. Tant que les pays riches n'aident pas les pays pauvres à sortir de la précarité et à prétendre au progrès, le phénomène migratoire persistera. Avec toutes ses souffrances humaines. Plutôt inhumaines!