La Saoudienne autorisée à conduire. "En voiture!"...

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Le chameau et sa bosse. Les médias occidentaux en ont fait leurs Unes, hier. Le roi d'Arabie saoudite a signé un décret autorisant les femmes à conduire un véhicule. Fantastique. Décision historique. Il faut faire la fête. Chaque média y est allé de ses qualificatifs. L'objectif est à déceler en subliminal. La sincérité dans la «joie» de ces médias est «venimeuse». Il y a plus un désir de mettre en exergue l'arriération mentale des Arabes qui jusque-là interdisaient, sans raison, à leurs femmes de prendre le volant, que de saluer une amélioration de la qualité de vie dans ces pays. Loin de nous l'intention de défendre le Royaume saoudien. Il a suffisamment de moyens pour le faire tout seul. Néanmoins, il est du devoir du journaliste de pousser au-delà du visible pour comprendre et en faire profiter les lecteurs. Dans ce décret royal, il y a des enjeux politiques. Le premier d'entre eux est venu des Etats-Unis avec un communiqué de la Maison-Blanche qui salue cette décision qui est «une avancée positive pour la promotion des droits des femmes en Arabie saoudite». Si pour les Saoudiennes c'est un acquis de taille, ce n'est pas pour autant la seule chose qui manquait dans le chemin de l'égalité entre hommes et femmes. A la limite, c'est même un événement anecdotique. Sil fallait rester dans l'anecdote, rappelons qu'en Algérie, la première femme algérienne qui conduisait son véhicule était une sage-femme. C'était bien avant l'indépendance. On la voyait passer, au volant de son véhicule, drapée dans son beau haïk et son «âadjar» pour aller délivrer ses patientes. Tous les Algériens qui habitaient, à l'époque, le quartier de Belouizdad (Belcourt), dans la capitale, s'en souviennent. Aujourd'hui, elles sont des centaines de milliers de conductrices algériennes à sillonner les routes du pays. Seul le haïk a disparu quand il n'a pas été remplacé par le hidjab. Donc et vue d'Algérie, la Saoudienne au volant n'est qu'une iniquité que le roi a mis du temps pour corriger. Rien d'autre. Ni la religion ni l'arabité ne sont en cause dans cette correction. C'est une des discriminations que subissent les femmes et pas seulement en Arabie saoudite. Pour la simple raison que (et toujours cette semaine) un événement similaire a eu lieu en Suisse. Dans ce pays où l'on vote pour un oui ou pour un non, les femmes (qui ont obtenu le droit de vote seulement en 1971) ont pesé de leurs bulletins pour rejeter, dimanche dernier, une loi sur les retraites. Pourquoi? parce que le projet prévoyait de rallonger le départ à la retraite des femmes d'une année. De 64 ans à 65 ans comme pour les hommes. Comme de jure, les médias occidentaux ont couvert a minima cette consultation et de plus sans insister sur les raisons profondes de ce rejet. Ce n'est pas la rallonge d'une année qui aurait bouleversé la vie des femmes suisses. D'autant qu'au final elles auraient été à égalité avec le départ en retraite des hommes qui, comme on l'a dit plus haut, est à l'âge de 65 ans. La vérité profonde est que les femmes réclament d'abord la réparation d'une discrimination salariale dont elles sont victimes. A qualification ou position professionnelle égales avec l'homme, elles sont moins rémunérées que lui. Cette discrimination de notoriété publique (qui a cours également partout en Europe) ne produit pas le même bruit que le permis de conduire des Saoudiennes. Là non plus il ne s'agit ni de religion ni d'appartenance à une ethnie. Mais de ses inégalités bêtes et méchantes, l'Occident n'en fait pas des vagues. Il préfère tambouriner sur les congés de paternité et sur les hommes à la cuisine. Quitte à mélanger les exceptions et la règle. Vues d'Algérie, ces discriminations salariales peuvent étonner car elles n'ont jamais existé. Une enseignante perçoit le même salaire qu'un enseignant. Idem pour la juge, la femme médecin, etc. L'égalité salariale homme-femme, nous paraît tellement évidente que la discrimination qui frappe, sur ce plan, les femmes occidentales nous rappelle des pratiques moyenâgeuses. Même dans l'exercice des fonctions politiques, l'Algérienne est mieux lotie que la femme occidentale. Bref, nous nous devions de rapporter cette histoire de permis de conduire en Arabie saoudite (montée en mayonnaise par les médias occidentaux) ainsi que le combat des femmes suisses, qui se poursuit, contre l'injustice des salaires (mis sous étouffoir par les mêmes médias occidentaux). Deux événements qui ont beaucoup de similitudes et qui se déroulent dans le même temps sont présentés différemment par des journalistes prétendument libres. Car et en définitive, la liberté d'expression dans ces pays avancés reste muselée par des lobbys aux objectifs planétaires. Les journalistes n'écrivent que ce qui leur est permis. Plus joliment, on appelle cela la ligne éditoriale. Ce sera un de nos prochains sujets!