Ceux qui ont fait main basse sur le livre scolaire

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Leçon à retenir. En dépit de tous les efforts consentis par l'Etat, le livre scolaire a connu des «dérapages» dans sa distribution, de l'aveu même de la ministre de l'Education nationale, Nouria Benghabrit. «Des livres scolaires ont été vendus notamment dans des hangars, au niveau des marchés et sur Internet à des prix supérieurs à la valeur fixée...cela est inacceptable», a-t-elle précisé. Le président de l'Association nationale des parents d'élèves, Khaled Ahmed, a ajouté, mardi dernier au forum du quotidien
El Moudjahid, que «certains distributeurs privés recourent à la spéculation, en stockant des livres scolaires dans des entrepôts, afin de relever leur prix réel de 15%, sachant que les distributeurs privés accrédités ont une marge bénéficiaire de 15% à l'acquisition du manuel au niveau des centres de l'Onsp, ce qui augmente sa marge bénéficiaire effective à 30%, et le livre arrive à l'élève à un prix exorbitant». Quant on sait que l'Onps (Office national des publications scolaires) a imprimé 65 millions de livres scolaires pour la rentrée scolaire 2017-2018, on comprend mieux pourquoi les spéculateurs en question ne pouvaient pas laisser passer cette occasion en or. Qui sont-ils? Comment ont-ils pu opérer? Le 29 août dernier, Mme Benghabrit avait annoncé que «80% des manuels scolaires étaient disponibles dans les centres de distribution relevant de l'Onps». Soit une semaine avant la rentrée des élèves. Quelques jours plus tard, elle avait précisé que «le manuel scolaire serait disponible au niveau des établissements scolaires au plus tard dix jours après la rentrée scolaire». Et que même les prix avaient baissé par rapport à l'année précédente. Jusque-là, on a l'impression que la chaîne du livre scolaire comprend l'Onps et ses centres de distribution renforcés par la vente dans les établissements scolaires. La veille de la rentrée, la ministre de l'Education déclare, pour rassurer les parents d'élèves, que «les manuels scolaires sont également disponibles dans 800 librairies privées autorisées à les vendre». Donc c'est une autre catégorie d'intervenants qui s'ajoute. Khaled Ahmed parle, lui, de «distributeurs privés». D'autre part, il nous apprend que «certains intendants en particulier ceux des collèges ont refusé de vendre les livres aux parents tandis que certains directeurs d'école n'ont même pas pris la peine d'acquérir les livres auprès de l'ONS». Selon lui «les livres scolaires étaient disponibles à 90% depuis avril 2017 à l'Onps». En rassemblant toutes ces informations, on se rend compte qu'il était impossible à l'opération de vente des livres scolaires d'échapper aux spéculateurs, aujourd'hui, et aujourd'hui seulement, montrés du doigt. Ces derniers avaient 5 mois (d'avril à fin août) pour se préparer à faire main basse sur ce juteux marché. Qu'aujourd'hui on parle de retrait «de l'agrément aux distributeurs privés qui n'ont pas respecté le cahier des charges» comme l'a annoncé Khaled Ahmed, ne change rien à la nature du problème. Le mal est fait. Ce qu'il y a de mieux à faire maintenant est de tirer la leçon de tous les dysfonctionnements qui l'ont permis cette année et de se préparer en conséquence pour que l'année prochaine les «dérapages» ne soient plus possibles. Comment? Il n'y a pas de problème sans solution. Les cadres de l'éducation sauront trouver la meilleure des solutions. Il en est une qui nous paraît envisageable. Ou du moins qui mérite d'être étudiée. Pourquoi ne pas impliquer, dans la vente des livres scolaires, les associations des parents d'élèves relevant de la Fédération nationale. Ce sont des associations à but non lucratif dont la mission est la protection des intérêts des parents et des élèves. En les autorisant à prélever une marge raisonnable, cela renflouerait leur trésorerie avec de nouvelles recettes qui s'ajouteraient aux subventions que leur alloue l'Etat. Pour un double bénéfice. Les associations auront plus de moyens et donc plus d'efficacité. Du même coup, les parents d'élèves seraient protégés contre la spéculation qui agit sur leur pouvoir d'achat. Mais même dans ce cas l'organisation d'un tel dispositif doit être minutieusement préparée. Avec affichage des prix dans les établissements scolaires, sur le site du ministère. Et même sur le site de l'Onps lorsque sa «construction» sera achevée. Dans tous les cas de figure et pour éviter de tels «dérapages», il n'y a aucun autre remède que la rigueur dans l'organisation du circuit emprunté par le livre jusqu'à sa destination finale qui est le cartable des écoliers. Il est vraiment regrettable que de tels faits aient lieu dans le secteur de l'éducation. Nos enfants se passeraient bien de tels exemples. L'Education nationale et les associations de parents d'élèves devraient unir leurs efforts pour préparer les adultes de demain!