Aux victimes du crash d'avion de Boufarik

Par

Deuil. Pourquoi le cacher? C'était un tout autre sujet que nous avions programmé pour votre chronique habituelle. Dès la nouvelle du crash de l'avion militaire, hier matin, il n'était plus question pour nous d'aborder un autre sujet que cette tragédie. Il s'agit de nos militaires. De nos enfants. De nos frères. De nos parents. De membres de la famille. Une part de nous-mêmes. Selon les premières informations c'est «Un avion de transport militaire assurant le vol Boufarik-Tindouf-Béchar (qui) s'est écrasé ce matin du 11 avril 2018 dans le périmètre de la base aérienne de Boufarik dans un champ agricole inhabité» a précisé un communiqué du ministère de la Défense nationale. Le vice-ministre de la Défense, chef d'état-major de l'Armée nationale populaire, le général de corps d'armée Ahmed Gaïd Salah, a aussitôt interrompu sa visite d'inspection qu'il effectuait dans la 2ème Région militaire (Oranie) pour se rendre sur les lieux de l'accident non sans avoir présenté ses condoléances aux familles des victimes. Le gouvernement qui était réuni sous la présidence du Premier ministre, Ahmed Ouyahia, a également interrompu ses travaux pour «observer une minute de silence». Dans un communiqué publié peu après et «en cette douloureuse circonstance, les membres du gouvernement présentent leurs plus sincères condoléances aux familles des martyrs victimes de cette tragédie». C'est toute l'Algérie qui a appris la nouvelle avec beaucoup de tristesse et de compassion. Tous les Algériens ont ressenti l'événement avec douleur, de cette douleur que l'on ressent à la mort des proches. Ce ne sont pas moins de 257 morts dont 10 membres d'équipage qui ont péri dans cet avion de type Iliouchine qui s'est écrasé peu après son décollage, selon un bilan provisoire publié hier à la mi-journée par le MDN. «La plupart des martyrs de ce tragique accident sont des personnels de l'Armée nationale populaire (ANP) ainsi que des membres de leurs familles», précise le même communiqué. Comment ne pas être marqué par ce drame? Un drame qui a frappé une partie de nos meilleurs enfants. Une partie de ceux qui n'avaient pas hésité à braver tous les dangers pour nous protéger. Ils faisaient partie aussi de tous ces militaires qui surveillent l'ensemble du territoire national. Dans ses coins les plus reculés. Là où la vie est naturellement la plus rude. Tindouf, Béchar, ces deux villes que devaient rejoindre l'avion sont deux villes frontalières. Des milliers de kilomètres de désert que nos militaires arpentent dans des conditions très difficiles. Pour notre sécurité. Pour notre protection. Tous les Algériens leur doivent de vivre en paix et dans la sécurité. Il est vrai que le métier de soldat qu'ils ont choisi comporte le risque de mourir au combat, il n'en demeure pas moins que leur mort reste difficile à admettre. Il faut dire également que le rapport de l'Algérien avec son armée, avec ses soldats est très spécifique. Il en a été sevré durant des siècles. Il a dû attendre le 1er Novembre 1954 pour assister au «retour» des premiers militaires chargé de le défendre et de le protéger contre ses ennemis. Ses valeureux enfants qui ont pris les armes pour libérer le pays étaient regroupés autour de l'ALN. Il aura fallu attendre l'indépendance pour voir le relais repris par l'Armée nationale populaire (ANP) et assister à la professionnalisation de notre institution militaire. Progressivement, d'étapes en étapes, jusqu'à la transformation de l'embryon du 1er Novembre 1954 en une force militaire régionale capable de défendre la moindre parcelle de notre grand pays, le plus grand d'Afrique. C'est cette grande fierté qui, immanquablement, prend la forme d'une grande douleur lorsqu'un tragique accident d'avion comme celui du crash d'hier, frappe à nos portes. Tout comme en 2014 lorsqu'un autre avion militaire avait crashé dans la wilaya d'Oum El Bouaghi et qui avait fait 77 morts. Ces victimes ne sont pas oubliées car elles font partie de nos soldats qui sont la prunelle de nos yeux. Il n'y a aucun excès de langage dans ces pensées à haute voix. Sans nos soldats, sans notre armée, il y a belle lurette que nos ennemis auraient fait de nous «une bouchée». Ils sont malheureusement nombreux et forts nos ennemis. Il suffit de suivre les découvertes au quotidien, par notre armée, d'armes et de casemates pour s'en convaincre. Et puis pour ceux qui douteraient encore, on rappellera juste que durant toute la décennie sanglante que nous avait imposée le terrorisme, nous n'avons eu droit à aucune aide de l'extérieur. Nos enfants, nos frères, nos soldats, notre armée étaient seuls face au monstre qui n'a épargné personne. Pas même les bébés ni les vieux. Voilà pourquoi, un de nos militaires qui meurt, c'est un mort de trop aux yeux de tout Algérien!