A quand un film sur Didouche Mourad?

Par

A la mémoire de nos héros. Cette semaine a été marquée par un grand tapage fait autour du film sur le martyr Larbi Ben M'hidi. Un film que le grand public n'a pas vu. Et pour cause. Il vient à peine d'être terminé que les problèmes autour de son contenu font un chahut tel que l'actualité a dû «se pousser» pour lui faire une place. Le réalisateur accuse les financiers du film (minis-tère des Moudjahidine et celui de la Culture) de vouloir censurer le film. Mardi dernier, le directeur du Centre de recherche sur le Mouvement national et la révolution du 1er Novembre 1954, Djamel Eddine Miâadi, a, dans une déclaration à l'APS, «rappelé que le réalisateur et coproducteur de ce film, Bachir Derrais, avait reçu des réserves et des observations de la part d'une commission de visionnage, composée d'experts et d'historiens, qu'il se doit de prendre en considération en vertu de la loi sur le cinéma et du contrat liant les deux parties, avant de projeter le film». Plus explicite, le ministre de la Culture, Azzedine Mihoubi, a indiqué que le film devait être «conforme à son premier scénario» ajoutant que «les remarques et réserves émises par la commission doivent être prises en charge pour que le film soit conforme au texte». Pour le réalisateur, c'est une censure. Pour Miâadi, il s'agit simplement «d'un visa réglementaire, (comme dans tous les pays du monde) (conformément à la loi 11-03) auquel ont été soumis le film 'Zabana'' de Saïd Ould Khelifa, 'Lotfi'' de Ahmed Rachedi, ou encore 'Crépuscule des ombres'' de Mohamed Lakhdar Hamina». Pour que le film sur Larbi Ben M'hidi obtienne ce visa, il faut que le réalisateur lève les réserves et observation émises par le Centre de recherche. Pour résumer, le film a fait l'objet d'un scénario qui a permis le financement de près de 52 milliards de centimes à parts égales par les ministères de la Culture et des Moudjahidine. Des opérateurs économiques algériens (publics et privés) ont également participé au financement à hauteur de près de 20 milliards de centimes. Finalement, ce film aura coûté 70 milliards de centimes. Il ne faut pas être surdoué pour savoir qu'avec un tel financement, il y a forcément un contrat qui lie les parties. Avec ses droits et ses obligations. Si le conflit a été porté sur la scène médiatique internationale (Jeune Afrique et France 24) c'est certainement pour faire pression et se dispenser du recours au dialogue ou à la justice. Bref, cette affaire ne fait que commencer. On ne peut aborder le sujet sans avoir vu le film. Mais ce qui frappe l'esprit à ce stade est cette curieuse idée du réalisateur de vouloir faire appel à une «commission indépendante» algéro-française pour «dénouer» le problème. Un peu comme si l'on faisait appel à des Allemands pour valider les films sur la Seconde Guerre mondiale. Ceci étant dit, les films sur les héros de la guerre de Libération nationale étant l'ordre du jour, il nous paraît juste et opportun de poser la question: «A quand un film sur Didouche Mourad?». Le sujet est loin d'être facile. Très peu de témoignages existent sur ce héros. Il faut dire qu'il est tombé sur le champ de bataille à peine deux mois et demi après le 1er Novembre 1954. Plus exactement le 18 janvier 1955 dans le maquis du Constantinois. Même l'armée coloniale a mis du temps pour apprendre que parmi les moudjahiddine tués ce jour là figurait Didouche Mourad, responsable politico-militaire de toute la région et l'un des six dirigeants historiques qui ont déclenché la guerre de Libération nationale le 1er Novembre 1954. De ce fait et ses quelques compagnons de lutte qui l'ont connu ont péri avec lui, il ne reste pas beaucoup de monde à l'avoir côtoyé pour pouvoir en témoigner par la suite. De plus il était jeune. A peine 27 ans lorsqu'il est tombé au champ d'honneur. Donc, retracer sa vie depuis son enfance jusqu'à ce jour terrible du 18 janvier 1955, n'est pas aisé. On sait qu'il a été scout, qu'il était sportif, que tout jeune il a participé à la création de l'organisation spéciale (OS). On sait qu'il a fait ses études au lycée technique du Ruisseau (actuellement les Annasers). On sait qu'il a participé activement à la rédaction de la déclaration du 1er Novembre 1954. Sur le plan humain, il était d'une générosité remarquable. Il avait un regard plein de compassion sur ses compatriotes démunis. Issu d'une famille aisée, propriétaire d'une boulangerie (qui n'existe plus) à la Redoute (actuellement El Mouradia) il ne manquait pas, lors de ses brèves apparitions qui ponctuaient sa vie clandestine, de distribuer gratuitement du pain aux pauvres qui s'agglutinaient devant le magasin dès que sa présence leur était signalée. Il n'y a aucune raison que l'Etat algérien ne lui consacre pas un film. Mais de grâce, le réalisateur et toute l'équipe du film doivent être triés sur le volet. Pour éviter à Didouche Mourad de connaître le même «scénario» que Larbi Ben M'hidi.