La ministre avait falsifié son diplôme

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Exemplarité. Mardi dernier, dans la soirée, la ministre espagnole de la Santé, Carmen Monton, a annoncé sa démission. Ce sont des révélations de la presse sur la falsification de son master, qui l'ont poussée à la démission, quatre mois à peine après sa nomination dans le nouveau gouvernement de Pedro Sanchez. Ce n'est pas le premier scandale du genre, en Espagne. En avril dernier, c'est une autre personnalité politique, Cristina Cifuentes, présidente de la communauté de Madrid et députée qui a également dû démissionner pour le même motif. Celui d'avoir falsifié son diplôme de master. Depuis, elle est sous le coup d'une mise en examen pour «corruption» et «faux et usage de faux». On savait que les faux diplômes existaient, mais pas à ce niveau de responsabilité dans un pays comme l'Espagne. Mais en faisant des recherches, on a trouvé des cas similaires d'élus confondus d'avoir de faux diplômes, un peu partout en Europe (France, Belgique...) et même aux Etats-Unis. Au point où l'Unesco s'est attelée à étudier le phénomène. Elle a même publié une liste des pays les plus touchés par cette pratique peu honorable. En réalité et même si les faux diplômes existaient bien avant la révolution numérique, aujourd'hui la vente en ligne de faux diplômes sur Internet a fait exploser le phénomène. Pour des raisons d'éthique, nous ne donnerons pas plus d'indications sur ce «marché», encore moins les sites qui se sont spécialisés dans ce trafic. Nous disions donc qu'avant ou après l'Internet les faux diplômes ont toujours existé. C'est là l'essentiel. Comme nous l'avons vu plus haut, des personnalités politiques n'hésitent pas à recourir à cette pratique, alors comment voulez-vous que les autres couches de la société ne suivent pas leurs exemples? Chaque pays a ses méthodes pour lutter contre ce phénomène. L'Algérie n'est pas en reste. Elle a mené une vaste opération d'assainissement dès le début du 3ème millénaire. Des milliers de cas ont été découverts. On y reviendra plus loin pour vous donner plus de détails. L'opération de falsification de diplômes la plus usitée consiste à se débrouiller un faux titre universitaire d'un autre pays que le sien et le «blanchir» par le système d'équivalence. Pour obtenir une équivalence dans un pays européen, il faut le diplôme et un relevé de notes ou une copie certifiée conforme. Tous ces documents sont en vente. La vérification à la source n'est jamais faite. C'est fastidieux. Pour se «dédouaner», beaucoup de responsables soutiendront, sans preuve à l'appui, que les faux diplômes sont rares. Pourtant, des sociétés de vérification ont vu le jour et estiment qu'un diplôme sur 10 est faux. Quand il s'agit d'une filière de droit, de sciences économiques, passe encore, mais lorsque le faux concerne l'exercice de la médecine par exemple, là le droit à l'erreur n'est plus permis à l'administration en charge de contrôler les diplômes fournis ou leur équivalence. On ne joue pas avec la vie d'autrui. Quelques cas de faux médecins ont été découverts en France par exemple. Un faux radiologue à l'hôpital d'Arles en 2007, un faux médecin anesthésiste à l'hôpital de Nancy en 2016, un faux psychiatre à l'hôpital d'Evreux en 2017, etc. Ce ne sont pas des masses, mais tout de même c'est assez dangereux. Ceci dit et comme promis, qu'en est-il chez nous de ces faux diplômes? Ce que l'on sait c'est qu'une vaste opération a eu lieu, sur instruction du président de la République Abdelaziz Bouteflika, dès le début des années 2000. Elle s'est faite à bas bruit pour éviter la «double peine» en épargnant la dignité des fonctionnaires qui avaient fourni un faux diplôme dans leur dossier. C'est la méthode bien connue du président Bouteflika. Se débarrasser du fléau sans avoir à humilier quiconque. C'est ainsi que des centaines, voire des dizaines de centaines de faux diplômes ont été découverts. Comment? par un procédé simple qui consiste à vérifier l'authenticité d'un titre universitaire en vérifiant auprès de l'Office du bac si la personne avait bien obtenu son baccalauréat. Il est vrai qu'aucune inscription universitaire n'est possible sans le baccalauréat. Ce qui a donné lieu à des rétrogradations que les concernés ont acceptées en faisant profil bas. Cette «grande lessive» a nettoyé notre administration, surtout dans son secteur hospitalier. Mais comme on peut le constater, nous n'avons aucune information s'agissant des équivalences des diplômes provenant de l'étranger. Ni des bacheliers qui ont des titres sans avoir fait tout le cursus universitaire. Cela demande des vérifications plus fines. Disons que le phénomène a été réduit à sa plus simple expression. Quant au personnel politique algérien, rien n'a filtré. Nous n'avons que des recoupements qui laissent peu de doutes. Quand on vous disait que l'Espagne n'a pas le monopole!