La sardine ou le logement, que choisir?

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Aveu de faiblesse. On reçoit l'info comme une claque. Une bonne claque qui réveille. Elle nous vient du directeur général de la pêche et de l'aquaculture auprès du ministère de l'Agriculture et de la Pêche, Taha Hammouche. Savez-vous ce qu'il a dit, mardi dernier, au sujet des quantités de sardines jetées par les pêcheurs pour maintenir un prix de vente élevé? Il a dit que c'est «immoral et déplorable». Si, si, il était offusqué, solidaire et même triste. Avec ses mots, il pense atteindre la conscience de ces pêcheurs. Il pense qu'ils vont se mettre à demander pardon en pleurant de toutes leurs larmes. Tout le monde avait entendu parler de cet acte de délinquance. Aujourd'hui, non seulement ce responsable nous donne la preuve, par ses appréciations, que la pratique de jeter les excédents de pêche est une pratique courante, mais il nous affirme dans le même temps qu'il n'y a rien à faire pour les empêcher. Mieux, il est même gentil avec eux et leur fait des recommandations. Il conseille à ces pêcheurs de faire don de ces quantités de sardines, au lieu de les jeter, aux foyers de personnes âgées et des orphelins ou s'ils préfèrent, aux hôpitaux. C'est-à-dire qu'il leur indique une façon «humanitaire» de continuer à spéculer sur les prix de la sardine. Il devient leur allié et conseiller. Pour mesurer les dégâts d'une telle position, il ne faut pas oublier que le directeur général de la pêche au ministère de l'Agriculture engage le gouvernement tout entier par ses déclarations. Cette incapacité face aux trafiquants a été exprimée par ce responsable «en marge de l'ouverture de l'année pédagogique de la formation en pêche et aquaculture à Cherchell.». Pour être «pédagogique» on ne peut pas trouver mieux. Les élèves qui l'écoutent pourront demain assister au spectacle de rejet à la mer des sardines comme d'une oeuvre «salutaire» pour maintenir les profits des patrons pêcheurs. Car c'est des intérêts des patrons qu'il s'agit, pas de leurs pêcheurs salariés. Voilà, nous sommes avertis que nous continuerons à payer la sardine au prix fort sans que le ministère de l'Agriculture ne lève le petit doigt pour défendre les consommateurs. Les sardiniers qui jetteront leur produit à la mer sont assurés qu'ils n'encourent aucune sanction. Pour finir, nous vous donnons «la cerise sur...la sardine». Le DG de la pêche en question s'est fendu, dans la foulée, d'une précision. «Les services du ministère n'ont pas la prérogative d'intervenir sur le prix de la sardine, qui obéit à la règle de l'offre et de la demande» a-t-il dit. Comme pour mieux enfoncer le clou sachant que l'offre est biaisée. De ce côté-là, on a touché le fond de l'entendement. Reste qu'il existe, parait-il, une association qui défend les intérêts des consommateurs. Il y en aurait même plusieurs. Celle dont on parle souvent parce qu'elle fait parler d'elle vient de déposer plainte contre deux entreprises publiques de logements. Son président fait une addiction des plateaux de télévision avec un art consommé de l'enfumage. Il sait tout sur tous les produits de consommation courante et non courante. Il a toujours une longueur d'avance sur les problèmes puisqu'il assure avoir tiré la sonnette d'alarme bien avant que la question ne lui soit posée. Sur «la sardine à la mer» on ne l'a ni vu ni entendu. Les procès en cours sur les logements doivent retenir tout son temps. C'est important le logement. Tout le monde est à l'écoute de ce «bras de fer» entre cette association et l'administration publique. De quoi s'agit-il? De formulaires à revoir. Des précisions à apporter sur les délais et la qualité. C'est très sérieux comme corrections à apporter. C'est même plus sérieux que le prix de la sardine et de la méthode pratiquée pour le maintenir élevé. Aucune association de défense des consommateurs n'a été attirée par la «parole officielle» du directeur général de la pêche qui confirme, en baissant les bras, que la pratique de jeter les excédents de sardines à la mer est une réalité. Même pas la plus petite association. De celles qui ne sont pas occupées à poursuivre l'Etat pour exiger la qualité et la rapidité dans l'exécution de son programme du «logement pour tous». Voilà deux décennies que des millions de logements sont distribués et c'est maintenant que certains trouvent «des poux» dans ce programme unique au monde. Bref, quittons l'opportunisme politique pour revenir à la sardine. Plus connue pour être le poisson du pauvre. Quant aux poissons du «riche» que sont, par exemple, les crevettes «royales», chacun sait depuis belle lurette qu'elles se vendent au large. Qu'elles passent des bateaux algériens aux bateaux espagnols, français ou italiens pour prendre la destination des marchés aux poissons à l'étranger. Notre DG de la pêche nous en dira plus la prochaine fois. Pour nous dire que «c'est immoral et déplorable». C'est vrai, mais pas seulement pour le poisson!