Des bébés nés sans bras inquiètent les Français

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Anomalies. L'affaire court depuis plusieurs jours alors qu'elle plonge ses racines sur les deux dernières décennies. Il s'agit de cas de bébés nés sans mains, sans bras ou sans avant-bras dans trois régions de France. Des interrogations et un début de panique ont lieu en ce moment. Mardi dernier, Santé publique France, une agence qui a pour «mission de protéger efficacement la santé des populations (françaises)» a publié un communiqué faisant état de la découverte, dans le seul département de l'Ain, de 11 nouveaux cas nés sans membres supérieurs. Ces cas viennent s'ajouter aux sept autres cas signalés dans cette région par «le registre des malformations en Rhônes-Alpes» connu sous le nom de «Remera». C'est une structure qui agit comme une association. Hier, c'était au tour de la ministre française de la Santé, Agnès Buzyn, de répondre aux pressantes questions des journalistes. Quelles sont les causes possibles de ces malformations? Réponse de la ministre: «Je veux savoir, je pense que toute la France veut savoir...Nous ne voulons fermer aucune piste. C'est possiblement une piste environnementale, c'est peut-être ce que les femmes enceintes ont mangé, c'est peut-être ce qu'elles ont respiré... A charge pour l'Anses (l'agence de sécurité sanitaire, ndlr) et Santé publique France d'explorer ces cas, de retourner voir les mères, les familles, essayer de comprendre quel point commun il peut y avoir entre ces familles». Pas de quoi rassurer les Français. Ils devront attendre encore trois mois avant de connaître les résultats de l'enquête promis par la ministre pour la fin du mois de janvier 2019. Cette mystérieuse affaire a débuté par la diffusion d'une enquête menée par les journalistes de France 2. Ensuite, c'était au tour de l'association «Remera» (qui traverse de graves ennuis financiers), par la voix de sa présidente, Emmanuelle Amar, de faire des révélations contenues dans le registre régional des malformations en Rhônes-Alpes. Les Français se rendent alors compte qu'il n'existe pas de registre national des malformations dans leur pays. Donc point de statistiques fiables. Ce qui oblige à des extrapolations avec toutes les marges d'erreurs possibles. Ces révélations sans éléments fiables pour mieux les cerner ont donné lieu à une querelle politique qui a opposé une fonctionnaire du ministère français de la Santé, Ségolène Aymé, qui accuse Emmanuelle Amar (limogée entre-temps) d'avoir «manipulé les médias et l'opinion publique». Suit, dans cette querelle, le DG de l'agence de santé publique France, François Bourdillon, qui dénonce «une campagne calomnieuse d'une association qui joue à un jeu extrêmement personnel». Allusion à l'association «Remera» et sa dirigeante, Emmanuelle Amar. L'affaire en est là pour l'instant. Faute de registre national nul ne peut dire que d'autres cas n'existent pas dans d'autres régions de France. Le gouvernement français a promis de prendre sérieusement cette affaire en main. Deux ministres, celui de la Santé et celui de la Transition écologique, ont été désignés pour enquêter. En attendant, cette affaire rappelle de manière inquiétante le scandale de la Thalidomide, ce médicament anti-nauséeux prescrit aux femmes enceintes et qui a causé de graves malformations à des dizaines de milliers de bébés entre 1957 et 1962 date de son retrait du marché. Ce médicament était commercialisé dans 50 pays, mais pas en France. Le scandale a eu une résonance mondiale. Rares sont ceux qui ne l'avaient pas suivi à l'époque. Les Français se rappellent également de cet autre scandale du sang contaminé par le virus du sida et qui a été utilisé dans les transfusions sanguines durant les années 1984 et 1985. Selon le journal Libération du 7 février dernier, «1350 hémophiles ont été contaminés par le VIH» à l'époque du scandale. Le Premier ministre de l'époque, Laurent Fabius, était l'un des principaux accusés, mais il a été relaxé par la cour de justice de la République. Ce sont tous ces scandales qui remontent à la surface et donnent à l'affaire des bébés sans bras une tonalité et une intensité particulières. Une grande inquiétude aussi des Français. L'intérêt de ce sujet pour les Algériens est la nécessité qu'il y a de disposer d'un registre national des malformations. Comme pour chaque maladie ayant des répercussions importantes sur la santé publique. Cela permet de détecter en temps réel les anomalies qui peuvent surgir dans la santé des Algériens. Cela permet aussi de peaufiner une politique de prévention sanitaire digne de ce nom. L'essentiel est de suivre ce qui se passe autour de nous. Pour en tirer les leçons et nous prémunir!