Le froid, le gaz et la mort qui guette

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Morts saisonnières. Si en été ce sont les noyades qui emportent le plus de victimes, en hiver c'est le gaz des appareils de chauffages qui prend «la relève». «L'Est du pays a enregistré le plus grand nombre de décès par asphyxie au monoxyde de carbone avec 33 cas sur 65 recensés à l'échelle nationale» a indiqué, mardi dernier, le chargé de la communication de la Sonelgaz de l'Est (SDE). De son côté, la Protection civile par la voix du colonel Farouk Achour, a déclaré auparavant que «plus de 2928 personnes incommodées ou intoxiquées en 2017, ont pu être sauvées, à la suite de l'inhalation des gaz brûlés et monoxyde de carbone». Ajoutons à cela des informations faisant état de «4 personnes d'une même famille: le père, la mère et leurs deux enfants âgés de 9 et 7 ans ont trouvé la mort par asphyxie au monoxyde de carbone». C'était l'an dernier à Hussein Dey dans la capitale. Toutes les régions du pays ont leurs lots d'accidents de ce type. Médéa: 145 personnes secourues. Bordj El Kiffan: trois morts intoxiqués par le monoxyde de carbone. Tiaret, Douéra (Alger), Laghouat, M'sila, Tissemsilt, etc, aucune parcelle du territoire n'est épargné par ce qui s'apparente à un fléau. Le sujet revient sur le devant de l'actualité avec l'arrivée du froid. Cela dure depuis des années. Rappelons-nous, à certains moments on a montré du doigt les appareils de chauffage importés. On les avait classés, à tort ou à raison, comme étant de la contrefaçon. La Protection civile a de son côté multiplié les journées portes ouvertes et des caravanes de prévention pour alerter la population sur ces dangers. Les associations de consommateurs participent également à des opérations de sensibilisation. Chacun y va de ses mises en garde. Sauf qu'avec le développement des raccordements au gaz naturel, dans les coins les plus reculés du pays ainsi que les centaines de milliers de distributions de logements (à des citoyens tirés des bidonvilles sans commodités) dotés d'installations de gaz naturel, font que beaucoup de ces compatriotes n'ont pas «la culture préventive contre les risques liés au monoxyde de carbone». Ce n'est donc pas seulement les appareils qu'il faut suspecter, mais également leurs installations dans les foyers. On sait que les plombiers ne sont pas en surnombre dans notre pays. On sait aussi que beaucoup de nos concitoyens pensent qu'il est facile de brancher un appareil de chauffage. Qu'il suffit d'acheter les tuyaux (d'alimentation et d'évacuation) chez le quincaillier et les placer soi-même. Un jeu d'enfants pensent-ils. Ils sont dans l'erreur absolue. Même les soudures de la tuyauterie devraient être testées. Quant aux gaines d'évacuation, il n'est pas dit que toutes sont aux normes. Encore moins les points d'aération prévus à cet effet. Pour vérifier tous ces points et faute de plombiers suffisants, les pouvoirs publics devraient trouver le moyen d'accompagner les acquéreurs de ces équipements lors des installations ainsi que pour des contrôles réguliers. Soit en regroupant à la méthode «Uber» des plombiers qui seront agréés et dirigés vers les citoyens sur simple appel téléphonique, soit en passant après coup vérifier la conformité des installations. Cette deuxième solution est la plus facile à mettre en place vu qu'une seule équipe peut couvrir toute une wilaya sachant que le temps d'un contrôle est nettement plus court que celui d'une installation. D'une manière comme d'une autre, il faut sortir de ces décomptes macabres durant toute la saison hivernale. C'est à la Sonelgaz que revient la mission de contrôler la conformité des installations. Avec rigueur et en toute responsabilité. Au point de couper l'alimentation en cas de nécessité absolue. Tout comme on ne rétablit jamais l'alimentation du gaz, après une coupure, sans la présence effective des personnes habitant les lieux. Quitte à verser dans le pessimisme chronique, il faut rappeler que les asphyxies au monoxyde de carbone datent, dans notre pays, depuis la nuit des temps. Les plus âgés d'entre nous doivent avoir toujours en mémoire les victimes de ce qu'on appelle en arabe «El Merghoub». C'est le monoxyde de carbone que dégage le charbon (kanoun) avec lequel les Algériens se chauffaient avant l'arrivée du gaz naturel. Récapitulons: le ministère du Commerce contrôle la conformité des appareils. Ensuite la Sonelgaz valide ou non celle des installations avec des passages réguliers. Comme pour les extincteurs par exemple. Il est vrai que tout ceci a un coût financier. Les dégâts corporels et matériels des accidents ont aussi un coût. Aux spécialistes de faire le comparatif et de trouver le mécanisme le plus apte pour sauver des vies tout en allégeant les dépenses du Trésor public. Le but est de parvenir à une solution durable et en finir avec les bilans macabres à chaque hiver!