Que faire contre le monoxyde de carbone?

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Lamentations. Il ne se passe pas un seul jour en cette saison d'hiver sans que le monoxyde de carbone n'emporte des vies humaines un peu partout dans le territoire national. Trois décès à Sétif. Trois autres à Djelfa et Khenchela. Trois plus deux à Laghouat. Trois membres d'une même famille à Boumerdès. A Mila. A Alger. Pas une ville, pas une région n'est épargnée. Arrêtons le décompte funèbre et penchons-nous sur les causes. D'abord il y a cette augmentation remarquable des raccordements au gaz naturel sur l'ensemble du territoire national. Fruit d'une politique sociale sans précédent dans l'histoire de notre pays. Ensuite il y a toutes ces occupations de nouveaux logements distribués par l'Etat et qui sont tous raccordés au gaz naturel. Ce sont des millions de logements. Leurs occupants, venant des habitats précaires, ne sont pas habitués à ce genre de confort. Que ce soit pour les villages nouvellement raccordés ou pour les millions de logements distribués, le contrecoup est le même. Pour brancher leurs nouveaux appareils, cuisinières, chauffe-bain et chauffage, les nouveaux utilisateurs de ce gaz font appel aux services d'un plombier chauffagiste. Le problème est qu'ils ne sont pas légion, ces plombiers. On parle des vrais plombiers. Formés et qualifiés. Pour en trouver un il faut galérer. Et souvent des bricoleurs s'incrustent et affirment être des professionnels. Crédules et sans méfiance, les citoyens leur confient l'installation et le raccordement de leurs équipements ménagers. Ce n'est qu'après leur départ que les catastrophes ont lieu. Il suffit d'une mauvaise soudure, d'une petite fuite inodore dans la journée où le logement est aéré, pour que la nuit où tout est calfeutré, soit la dernière passée dans le monde des vivants. On s'endort pour ne plus se réveiller. En général quand les secours interviennent c'est déjà trop tard. Le monoxyde de carbone ou le «tueur silencieux», comme le désigne la vox populi laisse peu de chances à ses victimes. Il les surprend dans leur sommeil. Pourtant, les Algériens le connaissent depuis la nuit des temps. A l'époque très lointaine où ils se chauffaient au kanoun et dont ils se méfiaient de son «merghoub». Mais comme les gourbis qui leur servaient de logements n'étaient jamais aussi étanches que les nouveaux logements en étages et bien bétonnés, il se trouvait fréquemment une fissure dans le mur ou sur le plafond qui leur sauvait la vie. Avec un peu plus d'air froid dans la maison. Aujourd'hui c'est plus douillet. On réduit même les couvertures. Il fait si bon et si chaud qu'il ne viendrait pas à l'esprit de penser au pire. Pourtant, c'est cette douceur de température à l'intérieur alors qu'il gèle dehors, qui va jouer de mauvais tours à certains. A ceux qui se sont faits «rouler» par «l'installateur» qui s'est fait passer pour un plombier. Longtemps on a accusé les appareils ménagers et, qui étaient presque tous importés, d'être des contrefaçons. Et donc la cause des drames. Puis, avec le développement de la fabrication nationale et le contrôle régulier par les services de l'Etat des équipements mis sur le marché, on s'est rendu compte qu'une autre cause était oubliée. Celle de l'installation dans les foyers de ces équipements. Oui, mais après ce constat, que faire? Que faire pour éviter des drames et sauver des vies humaines? Surtout et on l'oublie aussi, des émanations de gaz dans un appartement peuvent faire sauter tout un immeuble. Jusque-là, fort heureusement, cela n'est pas arrivé. Pas encore dirons-nous. Que faire, disions-nous? Jusque-là seules des campagnes de sensibilisation sont programmées par les services publics. Avec dépliants, itou! C'est tout. L'initiative s'arrête là. Alors que le «tueur silencieux» continue de sévir. Personne n'a pensé à s'emparer du cas des faux plombiers. Tout le monde sait et la Sonelgaz plus que d'autres que le gaz est une substance à hauts risques. D'ailleurs, et après une coupure, l'alimentation du gaz n'est rétablie qu'en présence des occupants des lieux. Ceci dans le cas où un appareil a été oublié en mode «ouvert». Il ne peut y avoir d'autres choix que d'impliquer un peu plus la Sonelgaz en lui confiant la charge d'agréer les installateurs. D'afficher leurs coordonnées, par wilaya et même par commune, sur le site Web et, pourquoi pas, de mettre à contribution le 3303, ce centre d'appel nouvellement mis en place. C'est peut-être un effort supplémentaire qui est demandé, mais il est indispensable quand il s'agit de sauver des vies humaines. Il s'agit d'accompagner des citoyens qui ont bénéficié d'un nouveau mode de vie généreusement accordé par l'Etat. Le temps qu'ils s'adaptent à ce confort à hauts risques. Ne dit-on pas chez nous que «li Dir El Kheir, Ikemlou»!