L'été plombé par la présidentielle

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Sacrifice. Maintenant que l'institution militaire a remis le pays sur les rails de la légalité constitutionnelle, plusieurs étapes sont prévues par les textes avant la prochaine élection présidentielle. Des étapes légalement limitées dans le temps et qui, additionnées, devraient donner à la saison d'été 2019 une ambiance particulière. Une ambiance où les congés, les valises, les voyages, la mer et le soleil n'auront pas les mêmes «goûts» connus jusque-là. Surtout pour le personnel politique qui se verra obligé de s'impliquer totalement dans cette échéance capitale dans la vie de la nation. En plus clair, l'été prochain ne sera pas de tout repos pour les femmes et les hommes politiques en particulier et à tous les Algériens en général. Il s'agira de jeter les bases de ce que seront les cinq prochaines années de l'Algérie et des Algériens. Un moment exceptionnel donc. Sans entrer avec précision dans le calcul mathématique des délais de chaque étape, on peut cependant en donner l'esquisse. En vertu de l'article 102 de la Loi fondamentale, «le Conseil constitutionnel doit se réunir pour «vérifier la réalité de cet empêchement» du président de la République à exercer ses fonctions. Cette réunion devrait se tenir avant la fin du mandat présidentiel actuel. C'est-à-dire avant le 28 avril prochain. Ensuite, le Conseil constitutionnel saisit le Parlement qui devra siéger en congrès (les deux chambres réunies) pour «déclarer l'état d'empêchement du président... à la majorité des 2/3 de ses membres». Dans le même temps, le Parlement «charge de l'intérim du chef de l'Etat, pour une période maximale de 45 jours, le président du Conseil de la nation». Le temps imparti à cette deuxième étape n'est pas défini par les textes. Après ces 45 jours, ce sera la troisième étape qui verra l'intérim du président du Conseil de la nation prolongé de 90 jours pour organiser une élection présidentielle. Au total l'intérim durera 4 mois et demi. Première déduction. Si l'intérim commence à courir le 15 du mois prochain, il devra s'achever la fin du mois d'août prochain. Entre-temps, il faudra tenir compte des 10 jours nécessaires au Conseil constitutionnel pour déclarer les résultats définitifs (ART.148 de la loi électorale). Il faudra tenir compte aussi de la probabilité d'un second tour du scrutin dont la date devra être fixée au 15ème jour après les résultats du premier tour (ART.146 de la loi électorale). Il faut être expert en droit constitutionnel pour «démêler» tous ces délais et les faire coïncider avec les 4 mois et demi de l'intérim. Ce que nous ne sommes pas. Ce qui est sûr est que nous passerons les grandes vacances dans une ambiance électorale. Quant au mois de Ramadhan qui les précède, celui-ci sera marqué, une fois n'est pas coutume, par une activité, politique et partisane, débordante. Ceci dit, parlons maintenant des «écueils» qui pourraient être avancés par certains. Comme par exemple le décret présidentiel du 11 mars dernier qui a mis fin aux fonctions du président et des membres désignés de la Haute instance indépendante de surveillance des élections (Hiise). Première remarque, l'instance existe toujours. Ce sont ses membres et son président qui ont été démis de leurs fonctions. Le chef de l'Etat par intérim peut très bien nommer un nouveau président et de nouveaux membres. Pour la conformité constitutionnelle. Mais franchement, ce ne sont pas les 410 membres de cette instance qui peuvent surveiller valablement les 60 000 bureaux de vote à travers le territoire national. Ce rôle revient à chaque candidat qui doit avoir les moyens de sa politique et placer ses propres surveillants dans chaque bureau de vote. Pour les cas avérés d'irrégularités, les tribunaux du pays peuvent être chargés, pour l'occasion, de recevoir et se prononcer sur les plaintes qui pourraient être déposées par les candidats. Sauf à vouloir faire diversion, cet «écueil» n'en est pas un en vérité. Tout en nous excusant auprès de nos lecteurs pour les avoir «assommés» par toutes ces considérations réglementaires, il était impossible de faire autrement pour expliquer pourquoi l'été 2019 ne sera pas comme les autres. Pour leur démontrer que dans le meilleur des cas, la prochaine élection présidentielle ne pourra se tenir qu'à la fin du mois d'août. Et que sa préparation nécessite des mois de travail. En ne perdant pas de vue que grâce à la Constitution et aux textes de son application, c'est le plus court délai offert. Et si, par aventure, on s'en écarte comme le suggère certaines voix, ce n'est pas seulement les grandes vacances que l'on devra sacrifier. C'est la paix, la stabilité et le futur de la nation que l'on jouerait à la roulette russe. Un grand «devoir» de vacances attend les citoyens!