JEAN-PIERRE GORKYNIAN, AUTEUR CANADIEN D'ORIGINE SYRIENNE, À L'EXPRESSION

"L'histoire d'un immigrant qui se cherche"

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Il est à l'image de son personnage principal Youssef, née au Canada, d'origine arabe à la quête de son identité. Du moins quand il a écrit «Rescapé», son premier roman issu d'une trilogie qui va suivre. L'auteur qui se dit imprégné du style de l'écriture littéraire arabe des plus lyriques, se projette dans ce livre à travers le miroir de ce jeune homme dont l'histoire de son pays d'origine la Syrie, lui renvoient par les infos comme un boomerang, lui qui évolue confortablement dans sa société moderne. Youssef ou Jean- Pierre décide d'écrire donc pour reconstituer le puzzle de sa famille et partant, de sa mémoire confisquée, dont les bribes romancées sont à exhaler dans ce roman qui se lit presque comme un carnet intime... «Les débuts de roman que Youssef empile dans la boîte au pied de son bureau sont autant de morceaux de miroir dans lesquels se reflète son identité fragmentée. Son ex-partie, le Moyen-Orient à feu et à sang, un rapport à remettre tous les vendredis... Comment faire naître le sens d'un monde en déroute dans lequel on n'a pas trouvé sa place? Comment rêver quand il nous est impossible de même fermer l'oeil?» écrit son éditeur VLB. Le livre de 136p est disponible dans sa version imprimable et électronique. Rencontre avec ce jeune homme plein de talent..

L'Expression: C'est la première fois que vous prenez part au Salon du livre d'Alger et notamment avec votre premier roman Rescapé. Un mot sur ce livre...

Jean-Pierre Gorkynian:
C'est mon premier roman qui s'appelle Rescapé. Il raconte l'histoire d'un jeune Arabe qui s'appelle Yousef Aouad qui réside au Canada et vit ce choc identitaire entre la culture dans laquelle il a grandi, une culture marquée par la surconsommation, il va vivre un peu une vie de débauché, il va passer à travers des épisodes d'alcoolisme, va expérimenter sa sexualité, en regardant des films porno, la musique électro, la fête. Il sera en conflit avec tout cet univers onirique qu'offrent nos sociétés occidentales, associées à la rigidité des valeurs et traditions arabes. C'est un immigrant de la deuxième génération d'origine arabe. Ce roman est un peu l'histoire d'une collision de ces traditions et Youssef va devoir choisir sa voie pour pourvoir survivre. Il devra choisir qui il est vraiment dans ce monde.

Il ne peut pas puiser dans les deux?
En fait, c'est cela qu'on va essayer de découvrir, mais c'est difficile de puiser dans les deux camps quand une des voies nous offre des possibilités d'aller dans les abysses. Les abîmes. C'est un roman qui est écrit dans la tradition de la langue lyrique de la poésie arabe. C'est-à-dire que la langue arabe est imprégnée d'une tradition poétique. Le roman est arrivé très tard dans l'histoire arabe. On parle de 1906 avec Naguib Mahfouz. J'insuffle dans cette langue-là tout le courant moderne de la littérature romanesque européenne, donc française, américaine, allemande. C'est un peu comme si vous mélangiez Naguib Mahfoud avec Frédéric Beigbeder et que vous mettez ça dans un magic bolide.
La langue arabe est tellement marquée par les métaphores. Elle est tellement imagée et la tradition littéraire arabe est une tradition lyrique.

Vous avez lu beaucoup de littérature arabe pour que vous vous en inspiriez dans votre écriture?
Moi-même je suis enfant d'origine arabe j'ai grandi avec des parents arabes. J'ai visité Alep dernièrement en Syrie. Je ne lis pas l'arabe bien que je sois marqué par cette culture-là et quand je lis des ouvrages d'auteurs arabes qui ont été traduits je réalise que la langue arabe a tellement son identité propre et est unique qu'à tel point que quand tu la traduis tu vois les marques de cette littérature. C'est-à-dire la façon de s'exprimer dans la littérature arabe, les images que les grands auteurs et poètes vont puiser ont leur propre sensualité, leurs saveurs, texture...

Vous êtes de quelle origine en fait?
Moi je suis né à Montréal de parents d'origine arabe, tous les deux Syriens. Je parle arabe. Je me débrouille. Je suis ingénieur de formation. J'ai travaillé pendant trois ans comme chargé de construction. j'avais aussi un peu cette vie débridée que j'ai connue moi-même à l'instar de mon personnage, jusqu'à ce que la guerre en Syrie éclate et c'est là où j'avais de la peine à voir cette guerre se dérouler à travers l'écran d'ordinateur et en même temps, pouvoir à travers ce même ordinateur, télécharger de la musique, regarder des films, assister à des spectacles et concert. Ce que j'essaye de faire dans ce livre Rescapé, c'est de prendre cet écran d'ordinateur-là et voir à quel point les réalités peuvent rentrer en collusion à travers la même interface. Oui se télescoper, exactement! C'est pour cela que dans ce roman qui mélange onirisme et la réalité parfois, on n'est pas très sûr où on est. Parce que c'est un roman qui est aussi un hommage à l'imaginaire du Sahara avec ses djinns, ses esprits, cet espèce de lyrisme et de poésie, et ce côté mystérieux qu'offre le Monde arabe. C'est un roman qui a été écrit à une époque où je me cherchais beaucoup et je cherchais énormément ce qu'être un Arabe pour moi. J'essaye de voir comment le public algérien va réagir à cela parce que le public occidental plonge direct dans ce monde-là. J'aimerai savoir comment le public algérien réagira à ce genre de littérature.

Rescapé fait partie d'une trilogie vous m'avez dit...
Oui, Rescapé c'est le troisième de la trilogie Enfant du soleil. il raconte l'histoire d'un immigrant de la deuxième génération. Celui que je suis en train d'écrire s'appelle Ceux qui partent ne reviennent jamais. J'étais justement en Syrie cet été, pour pouvoir raconter le parcours migratoire d'un réfugié syrien- qui se trouve être mon cousin- jusqu'au Canada. Le premier livre de la trilogie s'appelle Promesse. C'est un livre où je suis encore en train de travailler dessus dont la sortie est prévue dans deux ans. Pourquoi cette trilogie? Parce que dans le troisième livre, Rescapé, je parle d'identité arabe à travers les yeux d'un enfant immigrant de la deuxième génération, à savoir Youssef. C'était donc ma position. Je ne pouvais pas faire autrement que de parler en regardant vers mes parents. Mais là, le processus d'écriture m'amène à prêter ma sensibilité à d'autres personnages et je me sens plus mûr pour faire ça à présent. Je veux écrire en prenant le regard de mes parents et le regard d' un immigrant qui traverse. Ceux qui partent ne reviennent jamais est censé être l'histoire du père de Youssef qui traverse la mer. Les promesses et l'histoire de son enfance. Ceci pour vraiment prendre le cycle migratoire dans son ensemble.