MOHAND CHABANE, AUTEUR, COMPOSITEUR ET INTERPRÈTE, À L'EXPRESSION

"Je chante la vie"

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Discret au possible et humble, il a fait son chemin sans trop de bruit, ne voulant pas se mettre en avant, tout en ayant mené une carrière de chanteur, compositeur et interprète. Et ce, depuis des années. Mohand Chabane, c'est de lui qu'il s'agit, il n'a cessé d'écrire de beaux textes qu'il a mis en musique à travers d'agréables mélodies. Marqué par les contes kabyles de son enfance, inspiré par ce qu'il ressent et voit de l'actualité. Influencé par Idir, il chante comme il le dit la vie, et se laisse écouter et entendre, transmettant sa joie, son dynamisme avec un rythme soutenu pour le plus grand plaisir des auditeurs. Avant de sortir son troisième CD, il a accepté de raconter pour L'Expression son itinéraire original par bien des aspects et sa production artistique. Après, il chante la vie, c'est-à-dire la joie et l'amour, mais de façon plus particulière, l'identité comme dans son tube Atakvaylitt fellam ichenough.

L'Expression: Comment votre passion pour la musique a-t-elle débuté?
Mohand Chabane: A vrai dire, les contes kabyles ont profondément marqué mon esprit étant enfant. Je me rappelle que dans ma prime jeunesse, nous avions l'habitude, avec d'autres enfants, d'écouter pratiquement chaque soir au coin du feu, des vieilles femmes nous narrant ces histoires qui composent jusqu'à aujourd'hui le socle de la culture kabyle. Il faut dire que l'inspiration m'est venue tout naturellement. Le fait de voir une si belle nature qui s'offrait à nous avec ses couleurs égayantes a beaucoup contribué à titiller en quelque sorte mon imaginaire. Par ailleurs, le fait d'avoir pris part maintes fois à une taadjemaât ou encore aux fêtes kabyles traditionnelles à aiguisé ma créativité. Au fur et à mesure, les circonstances ainsi que l'enchaînement de certains événements ont enfanté en moi une prise de conscience par rapport à mon identité. Une prise de conscience qui s'est par ailleurs forgée par la découverte des textes de Si Mohand Ou Mhand, grâce auquel, notre culture et notre langue ont été mises en relief. Cela est très important pour moi, mon identité a toujours été mon fil conducteur. Pour moi, la Kabylie reste à ce jour le lieu d'inspiration, d'ailleurs, à chaque fois que j'y viens je repars avec quatre ou cinq chansons. Malgré le temps, son effet reste indélébile dans notre inconscient.

Dans vos chansons, vous abordez différentes thématiques, aussi bien sur le plan culturel que social, comment traitez-vous ces deux aspects?
Eh bien, je dirais en premier lieu que la musique constitue en soi, un moyen d'expression. Et l'artiste est souvent désigné comme étant le porte-voix du peuple. Par conséquent, son rôle est de se poser en fin observateur dans le but de soulever les questionnements ainsi que les préoccupations exprimées par la société qui l'entoure. Pour ma part, mes textes évoquent en effet les thèmes inhérents à notre société. Ainsi, je soulève aussi bien, les crises qui ont caractérisé, à une certaine période le quotidien de la population, tant les joies que nous procurent d'autres choses simples de la vie.

Justement, lorsqu'on écoute attentivement la chanson Thiziri Mezriri, on s'aperçoit que vous avez combiné ces deux volets, mais quel est son véritable sens?
-Oui en effet. Ce morceau est une sorte de constat sur une société en perte de repères, marquée par des crises sociales récurrentes. Beaucoup de jeunes sont livrés à eux-mêmes et ne savent plus à quel saint se vouer. Il faut dire que le contexte social que vit notre pays n'est pas tout rose.
A la longue, cela n'a fait qu'exacerber la colère des uns et des autres. Le tout dans une société où les valeurs qui composent notre socle identitaire ne sont plus transmises comme avant. Que dire de plus si ce n'est dommage. C'est donc à partir de ce constat quelque peu amer, dressé pourtant il y a des années que ce texte m'a été soufflé. Aujourd'hui, je suis convaincu que malgré ce bilan peu reluisant, la situation n'est pas irréversible pour autant, et mon espoir se fait grand quant à un changement dans le sens positif.

Les paroles de vos chansons sont propres et vos mélodies enchanteresses, comment se fait-il que vous soyez peu connu par le grand public?
Il est vrai que je n'ai malheureusement pas eu d'occasions me permettant de me hisser sur la scène médiatique. Il faut dire que différents facteurs entrent en jeu sur ce plan-là. En ce qui me concerne j'aimerais tellement partager ma musique ainsi que mes textes avec un large public. Ma volonté de me lancer dans la musique a été grandement animée par une passion profonde, cela dit j'aurais aimé percer davantage et être plus connu. Après tout, quel artiste n'aimerait pas faire carrière et faire de sa passion son gagne-pain.

Selon vous, où en est la musique kabyle aujourd'hui? Est-elle bien représentée par ses ambassadeurs?
Aujourd'hui c'est clair que la musique kabyle a pris un tout autre tournant comparativement à ce qu'elle était avant. Disons qu'elle s'inscrit beaucoup plus dans un registre de fête non-stop. Je tiens à souligner que ce constat n'est nullement une critique. Je veux dire par là que cela est normal, son évolution a été ponctuée par des changements comme toute autre chose dans notre environnement. Peut-être que certains chanteurs modernes n'ont plus les mêmes motivations que ceux d'antan. Toutefois, ils sont nombreux à faire un travail remarquable pour revaloriser notre patrimoine artistique.
Il y a quand même des jeunes talents qui innovent et qui travaillent dur pour revaloriser notre patrimoine musical. Je ne veux pas dresser un tableau noir car je sens qu'un changement se profile à l'horizon. Et pour cause, aujourd'hui plus que jamais la culture berbère est présente dans les esprits. Elle reprend petit à petit la vraie place qu'elle mérite.
On peut d'ores et déjà considérer cela comme une victoire, le reste viendra avec le temps, j'en suis convaincu.

Actuellement quels sont vos projets?
En ce moment je prépare mon troisième album. C'est une sorte de compilation de certaines de mes anciennes chansons, lesquelles ont été enregistrées sur cassettes dans les années 80 et 90. A travers ce CD florilège, je vais tenter de les faire revivre et de les adapter au présent.
A côté, j'ai également composé quelques nouvelles chansons, parlant de l'amour, de l'identité, du temps qui passe et encore de ce que vit la société en général.