MONOLOGUE «PRISE DE PAROLE» AU TNA

Confessions d'une femme marocaine

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Une scénographie simple et épurée, une chaise au milieu et un écran pour projeter des images entre mémoires et souvenirs.

Le Théâtre national algérien Mahieddine Bachtarzi a abrité samedi la pièce théâtrale marocaine intitulé «Prise de parole». Sur un texte de Aissam El Yousfi, la mise en scène quant à elle était l'oeuvre de Mahmoud Echahdi. Une scénographie simple et épurée. Une femme, la quarantaine, sac à la main, entre. Devant sur un écran carré est projetée une porte. Celle-ci s'ouvre et cette femme semble s'y engouffrer. «L'histoire d'une femme journaliste marocaine, qui approche de la cinquantaine et revient sur ses pas revisiter la maison d'enfance pour interroger les lieux et les parcours familiaux... et prendre la parole pour raconter sa propre vie... Elle y revient, une année après la mort de ses parents, pour dépoussiérer sa mémoire, afin de voir clair dans le présent et faire le choix de l'avenir...», indique l'auteur Issam El Yousfi. Et de souligner: «L'un des enjeux premiers qui a animé le processus d'écriture de ce texte, est la quête d'un style et d'un langage ancrés où peut se loger un regard et une vision sur une réalité dispersée dans le temps et où se mélange l'intime avec le social... Dans cette confession intime, le récit théâtralisé de la mémoire personnelle intègre des fragments de l'histoire du pays pour recomposer une chronique inachevée de la vie du personnage... Un personnage qui tente en permanence et le long de son récit de réfléchir sur sa vie à travers celles de ses proches et d'autres pour comprendre ce que les mots amour, couple, famille, journalisme et pouvoir veulent dire dans le Maroc d'aujourd'hui...». Enfin, dans ce monologue qui oscille entre passé et présent, cette femme désabusée parle d'elle en se remémorant ses souvenirs et ses différents moments importants qui ont jalonné l'histoire de sa petite famille à la grande, celle de toute nation. De ce va-et-vient incessant entre les deux, il y a les images qui défilent parfois sur l'écran, celles des archives, du roi Mohammed VI, des manifestations réprimées, de lettres qui rappellent les mots tapés à la machine. L'année de son bac, en 1981, elle a 18 ans a été marquée par la vue de ces chars et autres blindés stationnés en bas de chez elle. Elle se souvient aussi de cette année 1995, de ses années de journaliste désenchantée quand on lui déconseille d'écrire sur un simple vieux ayant souhaité un prompt rétablissement au roi sur la place publique de Djamaâ El Fena et s'est retrouvé en prison. Aussi, confie-t-elle ses doutes et scrupules sur son métier, de la liberté d'expression séquestrée, s'interroge enfin sur la notion d'amour et ses jeux de hasard et de manipulation, du non-amour dans le couple et ses tentatives avortées avec Kamel, son ancien camarade de lycée. L'écran parfois se voit rempli de mots. Un instant elle donne son dos au public mais se fait filmer devant une petite caméra en train de parler et de se maquiller à la fois. Son visage en gros plan un peu défiguré par la lumière rougeâtre remplit l'espace de l'écran. L'image rendue n'est pas très belle. On ne sait pas si c'est fait exprès. Une forme de laideur en effet s'installe, de la mélancolie sur fond de mansuétude et d'amertume. De la monstruosité assumée? Nous assistons à une personne comme fanée qui tente de se racheter une virginité peut-être, exhumer un passé lourd, raconter, libérer la parole, s'embellir enfin pour se sentir mieux? Peut-être. La langue utilisée durant tout ce temps est le français. Elle est parfois saccadée et rapide. De ses confessions intimes, vont défiler devant notre imagination le récit des secrets de cette famille, entre une soeur qui se rêvait d'être artiste, demandée en mariage par un flic et des parents constamment en dispute et une mère colérique en raison d'un mari qui n'en faisait qu'à sa tête. Et cette journaliste qui revient des années après, pour nous conter des misères et avoue vouloir changer de vie, de métier..Des questionnements existentiels que d'aucuns peuvent se poser. La narratrice repense son métier de journaliste, mais celui d'artiste aussi dans nos sociétés et se demande ce qu'ils valent finalement? Autant d'interrogations qui résonnent dans sa tête, habitée qu'elle est par une mémoire aussi bien personnelle que professionnelle, et à grande échelle sociétale. «Vider son sac de famille», voilà ce qu'elle tente de faire pour paraphraser Ahmed Massaia qui signe la préface du livre. Intéressant à point nommé...