IL A RESSUSCITÉ LE CHANT MYSTIQUE DE KABYLIE

El Hadi Aït Ouarès tire sa révérence

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Le chant mystique de Kabylie a frôlé l'extinction n'était-ce l'arrivée de grandes voix comme celle de Mokrane Agawa.

El Hadi Aït Ouares, chef de la troupe des Khouane Nath Yahia, est décédé après une vie riche en chants mystiques. Il a été enterré dans son village à Taqa Nath Yahia en présence d'un grand nombre de personnes et de personnalités politiques, artistiques, sportives ainsi que les représentants des pouvoirs publics. Il y avait en effet beaucoup d'émotion, car, le défunt a marqué son temps par sa voix dédiée au chant mystique de Kabylie.
C'est en effet grâce à cet homme né à Taqa Nath Yahia un certain 3 avril 1970 que le chant mystique, qui a, pendant des siècles, accompagné les familles dans leur douleur a repris vie. Sa troupe créée pour partager la douleur des familles a remis au goût du jour les chants lekhwan en enregistrant plusieurs albums. Certains d'entre eux ont reçu un écho très favorable selon les disquaires. Le chant mystique fait partie du quotidien de Kabylie depuis des siècles. Plus encore, grâce à cheikh El Hadi comme aiment à l'appeler les gens à Nath Yahia, le «Dheker» est de plus en plus écouté et a acquis un large auditoire. Avec ses 13 albums, El hadi Aït Ouarès a acquis une grande notoriété qui le hisse au podium des plus grandes voix de ce genre de chants à l'instar du regretté Mokrane Agawa.
Pour rappel, ce chant traditionnel spécifique à la Kabylie a été à l'honneur au niveau de la Maison de la culture lors de la deuxième édition du Salon national du patrimoine immatériel organisé la fin du mois septembre de l'année écoulée. Cette manifestation inscrite sous le thème de la tradition de solidarité et de communion a été justement dédiée en hommage au défunt cheikh El Hadi Aït Ouares. Cette édition a donc été l'occasion pour un large public de redécouvrir le chant mystique porté par les voix sublimes des membres de la troupe Lekhwan Nath Yahia dirigée par cheikh El Hadi.
En fait, le chant mystique de Kabylie a frôlé l'extinction n'était-ce l'arrivée de grandes voix comme celle de Mokrane Agawa. Ce dernier, par ses passages à la Radio algérienne a su ressusciter cette tradition communautaire qui a accompagné les familles durant les épreuves de la mort. C'est un pan de la solidarité qui a failli disparaître. L'arrivée en force de plusieurs troupes comme celle de Nath Yahia a ravivé cette pratique du chant religieux exécuté en plusieurs occasions. Le quotidien en Kabylie n'offre pas beaucoup d'occasions pour le chant mystique. Celui-ci est exécuté les jours de Achoura, des Aïd, des vendredis, avant le prêche et la prière. Mais la plus grande occasion est incontestablement les jours de deuil et les 40es jours.
Ce chant qui a accompagné les familles lors des tragiques épreuves qui marquent la perte d'un membre s'est heurté récemment à une vague de contestation des courants religieux nouvellement débarqués dans les villages. La résistance des villageois face à cette déferlante d'idéologie «parasites» a elle aussi aidé ce chant à résister aux tentatives de le faire taire. Cette résistance a réussi grâce aussi aux voix comme celles de cheikh El Hadi qui ont reçu ce legs et ont su le transmettre.
Parti mais ces chants raisonnent encore sur les cimes des monts de Kabylie. D'autres générations ont repris le flambeau et sa troupe poursuivra le travail. Repose en paix, cheikh El Hadi.