DES ARTISTES ALGÉRIENS À LA BIENNALE D'ART CONTEMPORAIN DE VENISE

Un Hirak artistique!

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Ils l'ont fait! car trouver des financements en un temps record est en soi un exploit...

Contre vents et marées, l'Algérie est parvenue enfin à exposer à la biennale d'art contemporain de Venise. Au forceps, dirions-nous. Ce n'était pas gagné d'avance! et pour cause. Officiellement exit le pavillon algérien, car ce n'est plus l'Etat algérien qui finance la participation algérienne, le ministère de la Culture, rappelons-le s'étant désengagé deux jours après le départ de Abdelaziz Bouteflika en avril dernier. Eux, ce sont Amina Zoubir, Oussama Tabti, Rachida Azdaou et enfin Hamza Bounoua. Zoubir Hellal, le commissaire de cette expo intitulé "Time to shine bright",  ne le voit pas de cette oreille. Trop de choses investies pour revenir en arrière. De toute façon, une bonne partie du financement avait été avancée. Dans ce genre d'opération tout le monde le sait, ou pas, les lenteurs administratives du ministère de la Culture sont légion. Mais là, coup de théâtre supplémentaire. Ne s'avouant pas vaincu, les artistes et Zoubir Hellal décident de trouver le reste des financements pour clore son budget, à même de pouvoir mener à terme la participation de cette exposition qui devient «indépendante» de facto.

De la résilience en question
La résilience, un caractère fort, si cher à Zoubir Hellal prend ici tout son sens. «J'ai choisi pour cette expo des artistes résilients, des gens qui travaillent dans l'ombre avec acharnement, avec discrétion, sans faire de bruit, mais qui réussissent, car déterminés. Ce qu'on appelle des artistes résilients.» C'est ce que nous avait expliqué Zoubir Hellal, le mois dernier.
Et voilà nos artistes, seuls, armés de leur courage partis à Venise pour montrer, le 09 mai, jour de l'avant-première de cette expo, leurs oeuvres à cette Biennale, rêve si caressé depuis des années par Amina Zoubir... À la différence près que cette participation algérienne ne fait plus partie du programme officiel de la biennale. Qu'à cela ne tienne! Pourraient signifier les artistes qui, unis, seuls face à l'adversité qui leur cherche des poux là, où il n'y en a pas, iront faire bouger les lignes, commettant un vrai Hirak artistique, car trouver des financements en un temps record est en soi un exploit!

Des oeuvres éclectiques
S'agissant de cette expo, maintenant, seul bémol que l'on pourrait lui reprocher, est le choix des oeuvres exposées et non pas des artistes qui ne déméritent. Dans l'ensemble, certaines oeuvres n'ont pas été conçues exclusivement pour la biennale mais remontent à quelques années. Amina Zoubir, expose une installation en néon vert écrit en arabe «c'est le temps du bonheur» créée en 2012 après le Printemps arabe. Toutefois, à côté, elle expose trois éléments nouveaux estampillés d'inscriptions, où l'on peut lire notamment «lumière noire»qui sont lisibles paradoxalement sur des morceaux qui ressembleraient à du savon, paradoxalement. Quelque chose de mou, de jaune clair sur laquelle on est venu apposer des mots durs, mais qui incitent doublement au «courage» et la persévérance..... de la résilience en somme!
L'on peut aussi distinguer dans cette expo le travail d'Oussama Tabti qui a été récemment récompensé d'un prix en France. L'artiste lauréat bénéficiera d'une aide à la production de l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris (Ensba) grâce au soutien des Amis des beaux-arts de Paris. A la biennale de Venise Oussama Tabti expose une installation déjà vue à Alger, notamment lors de son expo «Ni Rome ni vous», montrée à la Baignoire (lieu d'art alternatif, géré par Samir Toumi, à Alger) en 2017. Cette installation représente au moyen de métal accroché sur le mur, le drapeau de l'Union européenne avec des pics anti-pigeons qui hérissent les pointes des étoiles dudit drapeau, rappelant la dureté du système anti-immigration...Hamza Bounoua quant à lui, présente cinq photos en noir et blanc. Un homme en robe blanche ou kamis qui lui arrive aux genoux, tient autour de sa taille comme un serpent de lettres arabes qui s'enroulent autour de sa taille... D'autres oeuvres bien énigmatiques sont également présentes à cette biennale de Venise à l'instar du travail de Rachida Azdaou décliné en cinq petites peintures et une installation, des bocaux remplis d'eau, à différents niveaux, sont disposés côte à côte sur une étagère en fer.
Plusieurs vidéos complètent cette riche expo. Ce qu'on l'on peut retenir de tout ceci est la persévérance et volonté de nos artistes à mener coûte coûte leur barque, même si l'on ne peut plaire à tout le monde, mais de continuer à se battre toujours que de ne rien faire du tout...