La Haica tunisienne face aux islamistes et lobbys du pouvoir

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Décidément rien ne va plus dans le paysage audiovisuel tunisien. Dans une conférence de presse organisée vendredi, Hichem Snoussi, membre de la Haute Autorité indépendante de la communication audiovisuelle (Haica), a fait état d'ingérences» du gouvernement par l'ancien P-DG de la télévision publique, Elyes Gharbi, limogé en juin. Le président de la Haica, Nouri Lajmi, déplore la couverture, selon lui, démesurée accordée par la télévision publique à certains évènements du parti au pouvoir, allusion faite à une récente visite du chef de l'Etat à Sousse. Il arrive de plus en plus souvent que la télévision «donne la parole à des gens d'un seul parti et ce, alors que nous sommes aux portes d'élections municipales prévues en mars, a dénoncé le président de la Haute Autorité indépendante de la communication audiovisuelle. Pour lui ce sont des signes dangereux qui prédisent un recul de la liberté d'expression. Il a donc demandé au gouvernement de mettre en place un véritable programme de réformes, basé sur les principes de la liberté d'expression et de l'indépendance des médias publics. Des accusations qui sont rejetées par le gouvernement.Par ailleurs, le gouvernement a fermé la radio clandestine «Al Qurân Al Karim». Son matériel de diffusion a été saisi, ce jeudi 2 novembre 2017, par la Haica (Haute Autorité indépendante de la communication audiovisuelle). Cette radio qui émettait illégalement, n'a pas obtenu d'autorisation pour diffuser ses programmes, explique le président de la Haica, Nouri Lajmi, lors de cette conférence de presse. D'après le règlement, il lui est interdit de gérer la radio, indique Snoussi, ajoutant qu'elle dispose, également, d'un émetteur sans autorisation. Pis encore, ladite radio collecte également des dons en faveur des associations et ce sans le moindre contrôle, a-t-il fait savoir en regrettant la décision du tribunal administratif qui a avait donné gain de cause, quelques jours plus tôt, à «Al Qurân Al Karim» de diffuser ses programmes sans l'aval de la Haica. Réagissant à cette décision, la radio «Al Qurân Al Karim» a qualifié d'illégale la décision de la Haica et a annoncé qu'elle portera plainte contre ces agissements. «Aucun préavis n'a été émis pour entamer la perquisition», a déclaré un animateur de la radio. Ce n'est pas la première fois que cette radio clandestine est fermée et ses locaux perquisitionnés. Si l'on revient deux ans en arrière, la Haica a entamé la même procédure en saisissant ses équipements. Mais la radio a saisi le tribunal administratif et a remporté son procès. Selon la Haica, de nombreux dépassements ont été détectés au niveau de la scène médiatique tunisienne. À l'instar de la radio «Al Qurân Al Karim», la télévision Zitouna est en train de diffuser sans autorisation légale, malgré les nombreux avertissements. La Haica a estimé que ces dépassements sont dangereux et représentent un bras de fer contre l'État et les règlements en vigueur.La Haica tunisienne, qui est une autorité indépendante installée par décret présidentiel, est composée par des membres proches de l'élite et de la gauche tunisienne. Foncièrement anti-pouvoir et radicalement anti-islamiste. Elle est donc contre le pouvoir du président Essebci et le mouvement islamiste Ennahdha de Rached Ghannouchi.