Le Qatar au secours des séries turques

Par

La décision du groupe saoudien MBC Middle East Broadcasting Center, de stopper depuis le 1er mars la diffusion des séries télévisées turques, a créé un déséquilibre audiovisuel dans le Monde arabe. Et pourtant, les séries télévisées turques ont une énorme soft power (Une puissance endormie). D'après The Wall Street Journal, les séries turques sont suivies par plus de 400 millions de spectateurs dans 140 pays, et ont rapporté 250 millions de dollars en 2015, contre seulement 10.000 en 2004, a rapporté l'Assemblée des exportateurs de Turquie. Les séries turques vont même dépasser le milliard de dollars en 2023. En 2008, MBC avait acheté 1000 heures de feuilletons turcs car elles réalisent des chiffres astronomiques en matière d'audience et attirent les annonceurs. Le 13 mars, le journal arabe El Hayet, financé par Riyadh, avait annoncé que le groupe audiovisuel kurde Kurdsat renonçait lui aussi à diffuser des séries turques: en protestation aux «offensives turques à Afrine (une enclave kurde en Syrie) dénonçant des crimes de guerre», avait expliqué Kurdsat. Cette décision saoudienne intervient après la libération de Walid Al-Ibrahim, son président, qui était détenu par les autorités saoudiennes à l'hôtel Ritz-Carlton de Riyadh. L'article lie l'annonce du boycott au conflit politique entre l'Arabie saoudite et le président turc Recep Tayyip Erdogan, la Turquie «prêtant main-forte au Qatar» depuis que le petit Emirat arabe a été mis au ban de la société par les autres monarchies arabes, à l'été 2017. Le journal conclut sur les attentes du Syndicat des producteurs de la télévision et du cinéma turcs: l'exportation vers l'Amérique du Sud est leur «plan B». Mais les Turcs ont également trouvé une alternative, la vente des séries turques doublées en arabe par le Qatar. Certaines grandes séries produites cette année, seront notamment diffusées en arabe sur les chaînes qataries de beIN Sports et de Qatar TV. Au même moment, les Emirats arabes unis ont maintenu la diffusion des séries turques. Même situation pour la Syrie, la Jordanie, le Liban et la Tunisie. Cette dernière est le seul pays qui diffuse les séries ottomanes sur la reine Qossam et Hutogul. L'Algérie a maintenu la diffusion des séries turques, mais a exclu les séries policières et les séries historiques. La même situation est adoptée par le Maroc qui voit d'un mauvais oeil le Saoudien des séries turques ottomanes alors que Rabat est plus proche de l'Arabie saoudite que de la Turquie. C'est la première fois que la géopolitique touche le Monde arabe. Dans le passé, les Occidentaux qui étaient en Guerre froide avec le Russie, ne diffusaient pas la série américaine Dallas car elle représentait le monde capitaliste, alors que l'Allemagne de l'Est était très fan de la série policière Derrick qui est un symbole de l'Allemagne socialiste.