Canal+ veut être le principal producteur du cinéma français

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Dans une lettre datée du 19 octobre et dévoilée par Satellifax, le groupe détenu par Vivendi a mis fin à ses engagements financiers envers le cinéma français, qui doivent être renouvelés d'ici à la fin 2019, et qui intervenait dans le cadre du projet de réforme de la chronologie des médias. Maxime Saada, le président du directoire de Canal +, estime que son groupe a déjà fait beaucoup de concessions, alors que le cinéma n'en fait aucune. La chaîne Canal + est le premier financier du cinéma. Il y a investi 158 millions d'euros l'an dernier.Maxime Saada considère que cette accumulation de concessions auxquelles son groupe a consenti «finit par s'exercer au détriment des intérêts de Canal +», écrit-il dans sa lettre. La chaîne, qui dit avoir prévenu la filière, souhaite désormais repartir d'une feuille blanche pour nouer de nouveaux accords de financement, sans prendre en compte les avancées préalables. En octobre 2017, dans les colonnes du Figaro, Maxime Saada avait proposé un «nouveau deal» au cinéma et réclamé des changements drastiques. Canal + dépense énormément dans les contenus et n'est propriétaire de rien, expliquait-il. Ainsi, pour avoir la main sur les droits des films, «Canal + demande à ce que sa filiale Studio Canal devienne le producteur délégué. Le groupe étant le producteur dominant du cinéma, il a entre les mains tous les projets et peut ainsi capter les plus intéressants afin de les exploiter dès leur sortie en salle. Ce qui fera des producteurs de simples prestataires de services. Une aubaine pour les petits producteurs, mais pas pour les plus gros. «Canal + est quasiment le seul contributeur au cinéma, il faut que la filière revienne à la réalité», estime le patron de la chaîne. Canal+, qui est obligé d'investir chaque année 12,5% de son chiffre d'affaires dans le préachat de films français, n'injecte plus comme à la grande époque 200 millions d'euros par an dans le cinéma en raison de la baisse de ce chiffre d'affaires. Malgré tout, avec 160 millions d'euros investis chaque année, la chaîne reste le premier argentier du septième art français. Or, sa situation financière est tendue. Canal+ pourrait être affaibli par la perte des droits de la Ligue 1, vecteur crucial d'abonnements. Canal+ dépense en réalité un peu plus de 400 millions d'euros par an dans le cinéma, en additionnant les investissements de Canal+, Ciné +, C8 et Studio Canal. Toutes ses opérations sont effectuées depuis la France et il est donc soumis à toutes les obligations d'investissement, de quotas et à toute la réglementation. En face, Netflix opère depuis Amsterdam et Altice Studio et Amazon opèrent depuis Luxembourg. Ils ne sont pas tenus aux mêmes règles que le groupe français d'où son inquiétude. Sa priorité est donc de rétablir une forme d'équité pour pouvoir se battre à armes égales face à la concurrence du Net et de la vidéo à la demande.