Trump à contre-courant!

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Au bout du suspense, la réponse du président états-unien est arrivée fulgurante, mais sans surprise: «Je ne joue pas» clame-t-il à la face d'une «communauté occidentale» qui n'en revenait pas de ce lâchage. Au-delà du retrait de son pays de l'accord de Paris sur le climat, il y a surtout le fait que le président des Etats-Unis veut redistribuer les cartes et les recentrer au profit de son pays. L'une de ces cartes, est la normalisation des relations de Washington avec la Russie. Les efforts de Trump dans ce sens ont été, jusqu'ici, contrariés par les puissants lobbies anti-russes états-uniens et européens. En outre, il faut retenir le fait que le nouvel hôte de la Maison-Blanche, en businessman averti, ne s'en laisse pas compter et veut remettre - du moins de son point de vue - les choses à l'endroit vis-à-vis des alliés des Etats-Unis. Aussi, pour Donald Trump, le «diplomatiquement correct» est que les Etats-Unis ne peuvent plus continuer [à perte] à protéger le monde. Un «monde» qui se réduit en fait aux alliés stratégiques des Etats-Unis: l'Europe et les monarchies du Golfe. De fait, sous des airs benoîts, il a fait payer au prix fort à l'Arabie saoudite - sous forme de vente d'armes - la protection par Washington du trône des Al-Saoud. En outre, depuis son élection, le 45e président des Etats-Unis n'a cessé de dire que la «vache à lait» US, c'est fini et chacun devra, dorénavant, payer au juste prix les «services» d'Uncle Sam. Une politique que ses alliés européens, notamment, ne comprennent pas, ne peuvent comprendre surtout lorsqu'il demande à la riche Allemagne de mettre enfin la main à la poche pour l'Otan. Certes, c'est trivial, mais Trump a le mérite de dire crûment des choses qui dérangent le monde policé de la haute diplomatie occidentale. C'est l'image même de l'éléphant dans un magasin de porcelaine bousculant tout sur son passage. De fait, Donald Trump a cassé le consensus de Yalta (1945, au sortir de la Seconde Guerre mondiale) qui fit des Etats-Unis le porte-étendard du monde dit «libre». Or, cette liberté avait un prix: la présence permanente - parfois massive - des forces états-uniennes dans les pays européens. Depuis l'effondrement du bloc soviétique, alors qu'il était attendu la fin de la guerre froide, celle-ci s'est, a contrario, poursuivie sous d'autres formes, dont la plus décisive en est l'implantation dans les ex-pays communistes de l'Est européen de boucliers antimissile US. Ainsi, les pays Baltes, la Pologne, la Roumanie étaient demandeurs, qui ont accueilli sur leurs sols soit des troupes, soit des boucliers antimissile. Ainsi, la guerre froide s'est-elle transmutée en «guerre tiède» si l'on excipe du fait qu'aujourd'hui la Russie est encerclée par les pays de l'Alliance atlantique [exception de la Serbie et de l'Ukraine, cette dernière étant candidate à l'Otan] dont le dernier membre admis [ce jour, 4 juin] n'est autre que le petit Monténégro. Une carte est plus explicite pour montrer cet encerclement de la Russie, dont bien-entendu la prise en charge financière est assurée presque en totalité par les Etats-Unis. Et c'est contre ce fait que le pragmatique Trump s'insurge. O.K., dit-il, les Etats-Unis vous protègent, mais contre monnaie sonnante et trébuchante. Un compte d'épicier? Sans doute, il n'en reste pas moins que le président états-unien, dont l'antienne est «l'Amérique d'abord» a joué franc jeu dès son arrivée à la Maison-Blanche. La grandeur des Etats-Unis - que Trump veut restaurer - est onéreuse et l'homme d'affaires-président ne comprend pas ce gaspillage des deniers de son pays d'autant plus que le rapport coût-bénéfice n'y est pas. En fait, s'il y a quelque chose que Trump comprend parfaitement, ce sont les chiffres. Et le président des Etats-Unis trouve excessif que son pays doive payer 23% du coût de l'accord de Paris sur le climat. Notons toutefois, que le souci de Trump d'alléger la charge financière des Etats-Unis avec leurs alliés, ne va pas jusqu'à s'appliquer à Israël qui continuera à bénéficier «gratuitement» des services d'Uncle Sam, y compris l'allocation annuelle de 3 milliards de dollars pour l'armée israélienne. Aussi, que Trump ait raison ou tort sur l'accord sur le climat, n'est pas l'essentiel, dès lors que, par ricochet, Trump pose un problème de fond: celui de la déliquescence de la gouvernance mondiale. Cette mal-gouvernance attaque le devenir de notre planète plus que ne le fait le changement climatique qui n'est que l'une des retombées de l'égotisme des puissants qui dominent et contrôlent l'ensemble des nuisances qui mettent à mal la Terre. Il est dès lors compréhensible que, bien avant son élection, les alliés des Etats-Unis aient estimé Donald Trump comme un intrus déparant dans le monde policé qui est le leur. Cependant, quelque part il y a maldonne, dès lors que ceux qui détruisent la Terre à petits feux, prétendent aujourd'hui la sauver. Mais, certes, la vérité est ailleurs!