Carte à puce sans chèque ni facture

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Délinquance économique. Le ministère du Commerce a publié, samedi dernier, un bilan très instructif des activités de contrôle de ses agents. L'argent qui circule sans laisser de traces, en dix jours de transactions commerciales, est estimé par ces contrôleurs à 200 milliards de centimes. Soit une moyenne de 20 milliards sans factures chaque jour. Il faut préciser que ce n'est là que ce qu'ils ont décelé. Soit parce qu'ils ont trouvé une marchandise, non encore écoulée, sans ses factures, soit par la découverte de «bons de livraisons» en seule inscription comptable, soit encore par la rupture de «la chaîne» de facturation entre le producteur et les multiples intermédiaires (quid des grossistes?) qui le sépare du détaillant. Donc à ces 200 milliards de centimes qui ont été «repérés» il faut ajouter beaucoup d'autres milliards de centimes qui ont réussi à ne laisser aucune trace nulle part. Comme les marchandises écoulées avant l'arrivée des contrôleurs ou celles dont les quantités ont été minorées. Sans compter celles qui «disparaissent» derrière les rideaux des commerçants qui ferment au moindre signal des «guetteurs». Quand l'existence d'une telle économie, souterraine, parallèle, informelle, appelons-là comme on voudra, est rappelée dans un bilan officiel, c'est la preuve que le fléau a atteint un niveau de banalisation très dangereux pour le développement économique. Il faut se rappeler que si aujourd'hui, il est fait état de l'absence de factures, plus personne ne parle de l'utilisation du chèque. La dernière mesure a été de porter l'obligation du chèque pour les transactions immobilières de plus de 500 millions de centimes. Rien que pour le commerce de l'alimentation, comme pour ces 200 milliards de centimes. Aucune mesure spécifique n'a été prise dans ce type de transactions. Le paiement en «liquide» n'est pas interdit. Qu'il ne laisse pas de trace est une autre histoire. Il faut tout de même rappeler aussi que cette «lutte», contre l'informel, dure depuis des décennies. Sans grand succès. Malgré tout, nous avons le chic, nous les Algériens, de ne jamais perdre le sens de l'humour. Oui, car et même si le chèque et les factures n'ont pas encore trouvé leurs places, cela ne nous empêche pas d'être depuis peu lancés dans le commerce électronique. Avec cartes à puces, itou, itou. Même pour acheter une bouteille d'eau chez l'épicier nous dit-on. Il est prévu d'ailleurs de l'équiper, à cette fin, en terminal de paiement. L'opération a été annoncée en octobre de l'an passé. Depuis, plus rien. Il ne faut surtout pas croire que ce sont les «flibustiers» de cette économie parallèle qui sont les plus intelligents. Ils profitent simplement de l'esprit «feu de paille» qui transforme des opérations durables en campagnes éphémères. En cause, un déficit de rigueur et de sérieux dans l'application. C'est aussi simple que dramatique!