Ligue arabe-OCI: à quoi servent-elles?

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Encore une fois, la crise du Qatar a mis en lumière l'inadmissible inutilité de la Ligue arabe et l'Organisation de la coopération islamique (OCI). Alors que le monde entier s'agite autour de la nouvelle crise entre l'Arabie saoudite et ses alliés avec le Qatar, les deux organisations sont aux abonnés absents. Ligue arabe et OCI maintiennent un mutisme suspect depuis le déclenchement de la crise du Golfe. Que fait donc l'Egyptien Ahmed Abou Gheit, secrétaire général de la Ligue arabe alors que ses pairs étrangers se mobilisent? Que dit son homologue saoudien, Youssef Bin Ahmed Al-Athimine, secrétaire général de l'OCI, tout aussi muré dans un silence pareillement douteux? En réalité, ce n'est guère une surprise que la Ligue arabe et l'OCI brillent par leur silence dans des affaires intéressant les Mondes arabe et musulman dès lors que la Ligue et l'OCI n'avaient pas pour mission de servir leurs pays membres ou d'intercéder entre eux pour trouver des solutions consensuelles aux frictions qui les opposent comme c'est le cas entre le Qatar et l'Arabie saoudite. Quand bien même que l'OCI n'est en fait que le prolongement de l'Arabie saoudite. Aussi, les organisations du Caire et de Jeddah n'ont pas suffisamment de pouvoir pour prendre sur elles d'appeler à la retenue ceux-là qui les instrumentalisent. S'il y a à dire sur l'Egypte et l'Arabie saoudite, le Qatar est loin d'être innocent qui, fort de son extraordinaire puissance financière, a tenté de mettre le monde à ses pieds. Ainsi, la Ligue arabe, aiguillonnée par le Qatar [au moment de sa toute-puissance] et les Emirats arabes unis, a cautionné les raids de l'Otan contre la Libye en 2011. La Ligue arabe n'agit pas de son propre chef - sinon comment expliquer qu'elle n'intervient pas ou ne prend pas position dans les évènements qui touchent le Monde arabe - mais applique les instructions du mentor du moment. Longtemps, l'Egypte qui accapare le secrétariat général de la Ligue [exception faite de la décennie de son bannissement suite à son accord de paix avec Israël] a dirigé l'organisation à sa guise, la pliant à une stratégie propre aux seuls intérêts et stratégies du Caire. Ce que l'Egypte manigance avec la Ligue dite arabe, l'Arabie saoudite le pratique sous couvert de l'OCI. C'est bien l'OCI qui a exclu la Syrie en 2013, suivant les exigences de Riyadh. Il n'est dès lors pas étonnant que les priorités des deux organisations ne soient pas les intérêts des Etats membres [22 pour la Ligue arabe, 57 pour l'OCI] mais celles de leurs sponsors qui, au gré des rapports de force, ont été l'Egypte et le Qatar pour la première, l'Arabie saoudite pour la seconde. Ce qui est donc fâcheux est que ces pays ont réussi à enrégimenter et neutraliser les deux institutions arabe et musulmane les transformant en instruments de rétorsion contre des pays arabes et musulmans qui n'entrent pas dans un profit tracé, généralement, par des étrangers aux Mondes arabe et musulman. Notons, que c'est cette même Ligue arabe, phagocytée par le Qatar, qui, outrepassant sa charte et les règles du droit international, avait accueilli dans ses rangs - tout en expulsant le représentant du gouvernement légal syrien - les rebelles combattant le régime de Damas. Ainsi, des «quasi-terroristes» ont été admis à siéger parmi les souverains et chefs d'Etat arabes. Ce que le Qatar imposa - en 2012 - au sommet de la Ligue arabe. Ce sont donc ces deux organisations sans personnalité, sans prérogatives qui parlent au nom de 350 millions d'Arabes et, pis encore, l'OCI, soi-disant, représentant un milliard et demi de musulmans. Une anecdote assez ridicule est ainsi à relever: la démission, en novembre dernier, du secrétaire général de l'OCI, le Saoudien Iyed Bin Amine Madani, qui a confondu le président égyptien Abdel Fatah al-Sissi avec son homologue tunisien, Beji Caid Essebsi. Il a été remplacé par un autre Saoudien Youssef Bin Ahmed Al-Athimine. Ceci dit, bien sûr que le Qatar a à voir avec le terrorisme - au moins dans son volet financement - ce qui est un secret de Polichinelle, comme est un secret supposé, connu de tous, le fait que l'Arabie saoudite lors des trois dernières décennies a été l'un des mentors du terrorisme jihadiste dans le monde. Ce que le monde entier, notamment ses parties les plus agissantes, sait parfaitement. Aussi, dans le contexte de la crise ouverte entre le Qatar et l'Arabie saoudite les deux organisations n'ont pas leur mot à dire. En fait, le prétexte de la lutte contre le financement du terrorisme, n'est qu'un paravent, dans un affrontement, autrement féroce, de leadership sur la région du Moyen-Orient. Soumises à l'Egypte et à l'Arabie saoudite, la Ligue arabe et l'OCI ne servent à rien, incapables d'apporter ce plus dont les Mondes arabe et musulman ont besoin pour jouer un rôle dans la communauté des nations. Leur inutilité est encore plus cruelle au miroir de la crise du Golfe.