Les importateurs, les partis et les Algériens

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Verre à moitié plein. Le déficit commercial de notre pays a baissé de 54% au cours des cinq premiers mois de cette année, nous a appris, hier, le Centre des statistiques des douanes (Cnis). Il y a là cependant, une bonne et une moins bonne nouvelle. S'agissant de la moins bonne, nos importations n'ont reculé que de 0,98%. Autant dire qu'elles stagnent. Donc la baisse du déficit est due à l'augmentation de nos exportations que le Cnis évalue à près de 41%. De quelles exportations s'agit-il? D'hydrocarbures? Ou hors hydrocarbures? Le Cnis ne le précise pas. Quoiqu'il en soit, notre problème actuel se trouve dans nos importations. Non pas avec l'obsession de les réduire coûte que coûte. Mais d'en finir avec les abus financiers et fiscaux, le chantage et les pénuries organisées que renferme depuis longtemps ce segment de notre commerce extérieur. Deux événements viennent d'illustrer l'urgence d'une remise en ordre. Il y a d'abord l'orchestration par des importateurs d'un chantage sur les aliments de bétail et de volaille. Depuis le début de l'année, ces produits sont soumis à la licence d'importation. Grâce à quoi, «C'est tout le secteur qui s'écarte de l'informel parce que contraint d'opérer dans la transparence» résume sans concession le P-DG de l'Office national des aliments du bétail (Onab), Salah Meddour. Il faut dire qu'il avait une «monnaie à rendre» à des importateurs privés qui ont distillé des «fake-news» (c'est pratique ce nouveau vocabulaire!) accusant l'Onab d'avoir pris la plus grosse licence sans être capable de répondre aux besoins des éleveurs locaux en temps voulu. Ce qui a provoqué, évidemment, un début de panique chez les éleveurs. Avec le relais médiatique bienveillant pour répandre au mieux la rumeur. Il y en a même qui ont fixé le prix de la viande blanche à 1000 DA/kg si la «pénurie» persiste. Fort de ses 50 ans d'expérience, de ses 7500 travailleurs, de ses 25 unités de fabrication et d'une capacité de stockage de 240000 tonnes, le P-DG de l'Onab a tenu «à rassurer l'ensemble des éleveurs algériens de la disponibilité de l'aliment de bétail». Le même scénario, à quelques variantes près, a été adopté pour les médicaments. Ce qui a obligé le directeur de la pharmacie au ministère de la Santé, Hafedh Hamou, à monter au créneau pour préciser que «les médicaments essentiels étaient globalement disponibles sur le marché». Il a toutefois reconnu «une tension sur un nombre (de médicaments) très réduit, en voie d'être réglée progressivement». Sur ce segment, le privé joue à sa guise. La PCH (pharmacie centrale des hôpitaux) est une entreprise publique mais avec l'unique mission d'approvisionner les structures de santé publiques. Ce sont là deux exemples qui ne surgissent pas du néant. Ce sont des intérêts menacés par la crise et qui démontrent qu'ils ne sont prêts à aucune concession. Les Algériens peuvent donc suivre en direct les agissements de «ceux qui leur veulent du bien». Comme ils actent le silence des partis politiques!