Le journalisme et "l'auberge espagnole"

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Ambiguïté. La Journée nationale de la presse, célébrée hier, nous donne l'occasion de soulever un problème qui n'a jamais été posé depuis la promulgation de la loi organique relative à l'information N°12-05 du 12 janvier 2012. Son article 73 commence ainsi: «Est journaliste professionnel, au sens de la présente loi organique, toute personne qui se consacre à la recherche, la collecte, la sélection, le traitement et/ou la présentation de l'information, auprès ou pour le compte d'une publication..., et qui fait de cette activité sa profession régulière et sa principale source de revenus.» On peut penser que le législateur a voulu, par là, écarter les collaborateurs occasionnels. Ceux qu'on appelle «pigistes» dans la presse écrite ou «consultants» dans l'audiovisuel. A la différence, cependant, que les pigistes peuvent être, par ailleurs, des journalistes à plein temps et rattachés à un organe de presse. Ce qui n'est pas le cas des «consultants» qui mettent leurs expériences de sportifs, de médecins ou autres au service d'un ou plusieurs médias. Hormis ces deux cas, le journalisme ne doit compter que des professionnels. Préciser comme le fait le législateur ce qu'est un journaliste professionnel, c'est sous-entendre qu'il existe d'autres catégories de journalistes. Un peu comme dans le sport où l'on retrouve des athlètes professionnels et des joueurs amateurs. Par contre, on ne dira jamais qu'il existe des «médecins professionnels» ou des «ingénieurs professionnels». On est médecin, tout court. Suivi des paramédicaux, des techniciens de la santé, etc. Idem pour les ingénieurs. Alors quel sens doit prendre cette précision de «professionnel» lorsqu'il s'agit du journaliste? Dans le même temps, la loi organique reconnaît dans son article 75 que «la nomenclature des différentes catégories de journalistes professionnels (toujours cette précision, Ndlr) est déterminée par le texte portant statut des journalistes». Un statut qui tarde et qui manque cruellement à la corporation. Le législateur persiste et signe avec le décret exécutif N°14-151 du 30 avril 2014 relatif à la «carte nationale du journaliste professionnel». Pour être reconnu «professionnel», il suffit au postulant de fournir une attestation de son employeur. Ce qui n'est point la meilleure garantie contre les attestations de complaisance. Pourtant et surtout à l'ère du numérique, la présentation par le journaliste de son press-book à la commission, aurait été la meilleure des «attestations». Pour les carrières longues et denses, des extraits marquant les débuts dans la profession et quelques autres puisés dans le parcours seraient très faciles à rassembler dans une petite carte mémoire. Pour que le journalisme retrouve ses lettres de noblesse. Et ne plus être une «auberge espagnole»!