Ces "petites patries" qui font peur à l'Europe!

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Le séisme catalan a ébranlé en profondeur l'Europe qui ne sait quelle attitude tenir, pour contrer une tendance autonomiste, voire indépendantiste, qui prend pour l'Union européenne des allures de catastrophe. Après les Catalans, décidés à faire sécession, ce sont en effet les régions de Lombardie et de Vénétie en Italie, qui ont voté, dimanche, pour une «autonomie» élargie. Lombards et Vénitiens n'en sont pas encore à la rupture avec le pouvoir central de Rome. Ce qui a fait dire au président (italien) du Parlement européen, Antonio Tajani, que l'Europe doit «craindre» la «multiplication» des «petites patries» affirmant «(...) personne en Europe n'a l'intention de reconnaître la Catalogne en tant qu'Etat indépendant». Certes! M. Tajani souligne en outre: «Même Theresa May (la Première ministre britannique), (...) a dit que le Royaume-Uni ne reconnaîtrait jamais la Catalogne.» Et pour cause! Mme May ne pouvait reconnaître l'indépendance de la Catalogne, tout en refusant celle de l'Ecosse (dont la Première ministre Nicola Sturgeon promet d'organiser un nouveau référendum d'indépendance en 2018). Aussi, les assurances de Theresa May, sur la Catalogne ne sont guère concluantes dès lors que Mme May est intéressée à ce que l'indépendance de la Catalogne n'aboutisse pas. Le problème est ailleurs. Le président du Parlement européen montre surtout qu'il ne connaît pas la composante humaine des pays européens qui sont, pour l'essentiel, des «petites patries». En effet, sur 50 pays européens répertoriés, seuls 11 ont une population supérieure à 15 millions d'habitants (allant des Pays-Bas, 17045144 en 2016 à la Russie 146544710 en 2016) alors que pour les 39 autres leur population va des 11 289 853 habitants (en 2016) de la Belgique aux 921 habitants du Vatican (2015). Au regard de ce qui précède, l'Europe est constituée en fait de «petites patries». Mais cela ne saurait être une opprobre, ce sont des citoyens européens avec les même droits que les mastodontes de l'Europe. Reste toutefois la question du réveil des minorités dont les aspirations ont été étouffées par les pouvoirs centraux. Les moins-disants d'entre eux, revendiquent, à tout le moins, une plus large participation aux affaires du pays. L'Espagne a une architecture géopolitique unique en Europe, avec des régions autonomes qui disposent en particulier d'une autonomie financière plus ou moins large comme au Pays basque ou en Catalogne. C'est lorsque Madrid a réduit l'autonomie financière de la Catalogne (en 2010) que les choses se sont compliquées. Notons que la Catalogne, avec un PIB de près de 20%, pèse 221 milliards d'euros dans la richesse de l'Espagne. Aussi, ce qui fait peur aux Européens est que l'exemple catalan ne fasse tache d'huile et école. Une contagion inacceptable. Cependant, l'Europe qui ne veut pas des «petites patries», dixit Antonio Tajani donc, avait ouvert elle-même la boîte de Pandore en reconnaissant le Kosovo, qui proclama unilatéralement son «indépendance» en 2008 en faisant scission de la Serbie.Il est d'ailleurs symptomatique que l'Espagne soit l'un des rares pays européens à ne pas reconnaître l'«indépendance» du Kosovo. De fait, la séparation du Kosovo d'avec la Serbie a été encouragée, notamment par l'Allemagne de Mme Merkel. Il en a été de même, pour le petit Monténégro (600.000 habitants, devenu depuis juin 2017 le 29e membre de l'Otan) incité par des pays de l'UE à rompre son union avec la Serbie. Les Européens qui poussent des cris d'orfraie n'ont pas été diplomates et encore moins regardants quand il s'est agi des «autres». N'est-ce pas l'Espagne qui a abandonné les Sahraouis à leur sort les jetant dans les rets des vautours du Makhzen alaouite? En 1967, n'est-ce pas l'ancien président français, Charles de Gaulle qui clamait, à Montréal, «Vive le Québec libre?». Le laxisme, les à-peu-près de l'Europe de l'Ouest ont mis le monde et, certes l'Europe, en porte-à-faux, ressuscitant au troisième millénaire les questions des minorités réputées closes, voire désuètes, dans une Union européenne multinationale, sans frontière. Or, c'est à la résurgence des extrémismes et du réveil des nationalités que nous assistons. L'Ecosse, la Catalogne, la Lombardie et la Vénétie sont ainsi passés aux actes. D'autres minorités vont probablement suivre? Or, la Catalogne (7,5 millions d'habitants) a parfaitement sa place entre la Suisse (8236573 habitants) et le Danemark (5 659 715 habitants) ou encore l'Ecosse aussi peuplée que la Finlande, la Norvège ou la Slovaquie. Ce n'est pas en ne reconnaissant pas l'indépendance de la Catalogne que l'Europe résoudra un problème existentiel, réel, pour de nombreuses minorités européennes.