Hausse du prix de l'eau en vue

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Une première. «Une hausse du prix du mètre cube (d'eau) n'est pas exclue dans les mois à venir.» Cette phrase prononcée, lors de sa visite, samedi dernier, dans la wilaya de Bouira, par le ministre des Ressources en eau, Hocine Necib, est un événement en soi. On a tellement entendu, durant des années, que cette hausse «n'est pas à l'ordre du jour» qu'il faudrait se pincer pour y croire. Les prix de l'électricité, du gaz, de l'essence ont connu des hausses, ou plutôt des rattrapages car le coût réel de ces produits est toujours en deçà du prix de vente, mais l'eau était tenue à l'écart. Jusqu'à samedi dernier à Bouira. Pourquoi augmenter? D'abord parce que l'écart entre le prix de revient de l'eau potable qui est de 60 dinars le mètre cube alors que son prix de vente aux consommateurs à 20 dinars le mètre cube, n'est plus tenable. A chaque mètre cube consommé par les ménages, l'Etat débourse 40 dinars. C'est dire que ce segment précis des transferts sociaux est hors de toutes normes de gestion économique. Et lorsque le ministre dit «hausse», il s'agit en fait seulement de rattrapage. D'une réduction de l'écart. Jamais le prix de l'eau ne sera fixé sur son coût réel en une seule fois. Car en fait, et c'est là qu'apparaît, à notre sens, la seconde raison de l'annonce, les hausses, avec des tarifs progressifs, de l'électricité et du gaz, ainsi que celle des carburants à la pompe, ont eu comme premier effet positif, une réduction de la consommation. Il est clair que plus un produit est cher plus la tendance au gaspillage recule. C'est l'aspect le plus important s'agissant de l'eau potable. Nous vivons dans un pays semi-aride. Nous n'avons pas les pluies de l'Allemagne ou de la Suisse. Et si nous avons la chance d'avoir de l'eau H24, dans nos robinets, nous la devons à la diversification de nos ressources. Par la construction de dizaines de nouveaux barrages durant la dernière décennie. Par les usines de dessalement d'eau de mer. Par le traitement des eaux usées pour l'agriculture. Par les eaux souterraines. Par tous les barrages en cours de réalisation (il est prévu un total de 139 barrages à l'horizon 2030). La guerre de l'eau est gagnée. Avec un point noir cependant, celui de l'envasement des barrages. Chacun sait que les berges d'un barrage doivent être boisées dès le lancement des travaux. La préférence de nos responsables semble aller vers la production de dragues. La première drague «made in bladi» sera réceptionnée en mars 2018 selon Necib. Toujours selon lui, 11 barrages sont concernés par l'envasement qui représente 12% de la capacité de mobilisation. Il nous a fallu sortir un peu du sujet pour montrer que le gaspillage est à différentes étapes de production. Il y a aussi les fuites. Il y a également les branchements illicites. Il y a de grands mauvais payeurs comme les administrations publiques. Bref, on pourra construire 1000 barrages, mais si la (bonne) gestion ne suit pas, le problème de la disponibilité de l'eau persistera. Le rattrapage du tarif de l'eau n'est qu'une partie de la solution!