Yennayer, une décision à longue portée

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3000 ans d'histoire. La décision, qualifiée d'historique et de courageuse, du président Abdelaziz Bouteflika de consacrer Yennayer jour de fête nationale officielle est une suite logique d'un processus engagé dès le début du troisième millénaire. De langue nationale en 2002, Tamazight est devenue langue nationale et officielle consacrée par la Constitution de 2016. Dans le préambule de la même Constitution, est inscrit le triptyque de l'identité algérienne qui est l'arabité, l'Islam et l'amazighité. Le même texte de la Loi fondamentale a prévu la création d'une académie algérienne de la langue amazighe. Ainsi donc l'ancrage amazigh de l'Algérie et des Algériens est définitivement constitutionnalisé. Il ne reste plus qu'à concrétiser la disposition qui a trait à la création de l'académie amazighe. Comme il ne s'agit pas d'ériger simplement un édifice, il y a des moyens humains à réunir et un sérieux travail d'unification d'une langue à partir de plusieurs dialectes amazighs selon les régions du pays. Ce qui nécessite du temps et de l'expertise. Le tout couronné par un indispensable consensus. Ce qui veut dire que le processus engagé en 2002 doit encore se poursuivre. Sans perdre de temps. C'est pourquoi, le président de la République a, au cours du dernier Conseil des ministres, demandé au gouvernement «d'accélérer la préparation du projet de loi organique portant création d'une académie algérienne de la langue amazighe». Et de «ne ménager aucun effort pour la généralisation de l'enseignement et de l'usage de tamazight, conformément à la lettre et à l'esprit de la Constitution». Car entre-temps et sans attendre, l'enseignement de tamazigh est dispensé, actuellement, dans les écoles à travers 38 wilayas. En 2014, les cours n'étaient assurés que dans 11 wilayas. Il a fallu doubler le nombre des enseignants pour cette progression. Ceci dit, la réappropriation de notre identité amazighe et son développement exigent des conditions idoines qu'il faudra réunir avec sérieux et de manière durable. Il est bon de le rappeler pour «couper l'herbe sous les pieds» de ceux qui utilisent ce point sensible pour faire de la politique politicienne. Aujourd'hui que le président de la République a officiellement placé Yennayer, journée nationale, le concours des vrais militants de la cause amazighe n'est plus à la revendication, mais au soutien des efforts que devra fournir le gouvernement pour une académie et des académiciens dignes de ce nom. Dans la décision présidentielle, il est un aspect qui mérite d'être relevé. Dans les commentaires des uns et des autres il a été question de «cohésion nationale» et «d'unité nationale». Ce qui est juste. Il ne faut cependant pas oublier que cette décision fait également partie de la Réconciliation nationale entamée en 2005. Avant de la soumettre au référendum, le président Bouteflika avait précisé que le processus sera long et multiforme. Depuis, l'objectif a été atteint. Il n'en demeure pas moins que sa consolidation ne doit pas être négligée. La réappropriation totale et effective de notre identité amazighe fait partie de ce processus. Le 12 janvier prochain on fêtera, pour la première fois et de manière officielle, Yennayer. Le jour de l'An 2968. 3000 ans d'histoire!