Les Coréens, le rêve et la réalité

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Vers la paix? Hier, le président nord- coréen, Kim Jong-Un et le président de la Corée du Sud, Moon Jae-in, se sont rencontrés à la frontière entre les deux pays. Après la poignée de main, qualifiée d'historique par les médias internationaux, le leader nord-coréen a enjambé la ligne de démarcation pour fouler le sol sud-coréen. Empruntant le sens inverse, le leader sud-coréen a fait, lui aussi quelques pas en territoire nord-coréen. Moments symboliques à fortes charges émotionnelles pour les citoyens coréens des deux côtés du 38ème parallèle. Ils rêvent d'une réunification comme celle des Allemands. Ils rêvent, mais savent que ce sera plus difficile qu'à Berlin. Officiellement, les deux Corées (séparées lors de la Seconde Guerre mondiale) sont toujours en guerre depuis 1953. Dans le communiqué publié hier les deux dirigeants coréens ont évoqué la signature d'un traité de paix qui viendrait remplacer l'armistice en vigueur actuellement. Une visite au nord du président sud-coréen est annoncée pour l'automne prochain. Il y a eu la poignée de main, hier, mais plus importante aura été l'accolade entre les deux présidents à la fin de la rencontre. Il est clair qu'un même peuple qui a été séparé par les vicissitudes de l'histoire, ne peut qu'aspirer à la réconciliation et aux retrouvailles, voire la réunification. Ce jour-là arrivera très certainement, mais il faudra au préalable franchir beaucoup d'obstacles. A commencer par la présence américaine avec ses 30 000 soldats en Corée du Sud. Le Japon qui a colonisé durement la Corée jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, s'opposerait au départ des militaires américains car leur présence le sécurise de toute menace coréenne. Les Etats-Unis non plus ne se retireront pas aussi facilement, surtout depuis que la Corée du Nord dispose de l'arme nucléaire et des missiles balistiques à longue portée pouvant les atteindre. Hier, les deux leaders coréens ont émis le voeu d'une dénucléarisation de la péninsule. On voit mal Pyongyang se débarrasser de ses armes stratégiques après s'être donné tant de mal à les acquérir. Persuadé que c'est la seule façon de tenir à distance les Etats-Unis après la fin de la Guerre froide et la disparition de l'Urss. La Chine et la Russie ont accueilli favorablement le rapprochement coréen. Le Japon est plus sceptique tandis que les Etats-Unis se préparent au sommet prévu avec la Corée du Nord dans les prochaines semaines. C'est là que se jouera réellement «la poignée de main» historique d'hier. Sera-t-elle validée par un accord américano-coréen? Rien n'est moins sûr car la méfiance est de rigueur entre la Maison- Blanche et Pyongyang qui, il y a à peine quelques jours se traitaient de tous les noms d'oiseaux. De plus et si Pyongyang peut promettre d'arrêter ces essais nucléaires cela ne veut pas dire qu'il est prêt à se débarrasser de ses stocks. Ceux-ci sont largement suffisants pour lui assurer sa sécurité. Disons qu'hier s'est jouée la première manche d'un processus au long cours. La deuxième manche aura lieu, très prochainement, entre Trump et Kim Jong-Un. Les pronostics ce sera pour après!