Le journalisme fait sa mue

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De la plume au computer. Demain c'est le 3 mai. C'est la Journée mondiale de la presse. Ainsi en a décidé l'ONU en 1993. Nous, les journalistes algériens avons en plus notre Journée nationale de la presse le 22 octobre de chaque année. Cette journée a été décrétée par le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, en 2013. Deux occasions plutôt qu'une pour célébrer une profession dont on dit qu'elle est le quatrième pouvoir. D'ailleurs, le thème «Médias, justice et Etat de droit: les contrepoids du pouvoir», retenu cette année pour la célébration de la Journée de demain est, on ne peut plus clair. C'est aussi l'occasion pour des ONG de distribuer des «bons» et des «mauvais» points aux gouvernants dans leur relation avec la liberté d'expression. Quitte à faire dans le mélange des genres en intégrant dans la profession des blogueurs et des fixeurs (guides). A défaut de trouver de vrais journalistes professionnels martyrisés par leurs gouvernants. Comme viennent de s'illustrer l'ONG «Reporters sans frontières» et «Amnesty International» pour «taper» sur l'Algérie. Pour les vrais journalistes algériens professionnels que nous sommes, ce mélange des genres nous est préjudiciable. Nous exerçons en toute liberté. Surtout depuis que le délit de presse a été dépénalisé par la Constitution de 2016. Même avant d'ailleurs lorsque les tribunaux des délits de presse ont été supprimés. C'était, pour ceux qui s'en rappellent, les fameux tribunaux du mardi dans les années 1990. Aujourd'hui, tout cela relève de l'histoire. Le journaliste algérien n'est astreint qu'à la ligne éditoriale de son journal ou de sa télévision. Ceci est valable pour les organes publics et privés. Donc en matière de liberté de la presse, nous défions quiconque peut valablement nous prouver la moindre entorse. Nous ne faisons que témoigner de ce que nous vivons au quotidien. Le vrai problème que vivent les journalistes dans le monde (y compris bien sûr les Algériens) se trouve dans la révolution numérique, les nouvelles technologies et l'intelligence artificielle. Dans ces trois grands chapitres on trouve la mort programmée de la presse écrite et la multitude de supports audiovisuels et plateformes qui ne laissent plus le temps aux télévisions classiques de s'emparer de l'information. Et à qui il ne reste que le divertissement et, à un degré moindre, l'investigation. Les nouvelles télés d'informations continues ont une espérance de vie relativement courte, confrontées qu'elles sont à la vitesse des réseaux sociaux affranchis des ressources publicitaires. C'est le nouveau contexte auquel le journaliste algérien devra s'adapter. Au même titre que tous les journalistes du monde entier. Le défi auquel est exposée la liberté d'expression n'est plus ce qu'il était. Ce ne sont plus les Etats ni leurs gouvernants qui constituent une menace. C'est la révolution numérique et l'immense pouvoir économique qu'elle engendre qui sont entrain de dessiner le nouveau paysage médiatique des prochaines années. Le pouvoir de Microsoft et de Bill Gates n'est rien comparé à celui de Facebook et de Mark Zuckerberg ou de YouTube et Google. C'est sur ce terrain que se joue, aujourd'hui, le journalisme de demain!