Zalène met le doigt sur une plaie

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Tabou? C'est la première fois dans les annales de la République qu'un ministre algérien déplore publiquement «un déficit dans la culture d'entretien et d'hygiène» dans notre pays. C'est notre ministre des Travaux publics et des Transports, Abdelghani Zalène, qui a mis fin à un tabou, dimanche dernier à partir de Boumerdès, en insistant sur «l'impérative amélioration des prestations offertes aux voyageurs au niveau des gares ferroviaires, notamment en ce qui concerne l'hygiène, tout en recommandant l'entretien des équipements et des commodités en leur sein». Il a osé appeler un chat un chat. Enfin presque puisqu'il ne dit pas encore: WC et toilettes (beit el ma, beit erraha, etc.) mais leur préfère les termes «équipements et commodités». «Maâlich», tout le monde a compris de quoi il parlait. Eh bien, figurez-vous que ces endroits-là (sanitaires publiques) sont stratégiques à plus d'un titre. Zalène parlait de leur importance dans les gares ferroviaires. Ceci est valable, non seulement pour toutes les gares (routières, maritimes ou aériennes), mais aussi pour tous les lieux publics à grandes fréquentations (hôpitaux, marchés, hôtels, etc.) et d'une manière plus large dans les rues de nos villes. C'est tellement vrai que notre ministre du Tourisme devrait savoir que c'est l'une des principales causes du «naufrage» de son secteur. Il ne doit certainement pas ignorer que les voyagistes choisissent telle ou telle destination pour leur clientèle en fonction de l'état des toilettes des hôtels du pays visité. C'est le premier lieu qu'ils inspectent lors de leurs visites de prospection ou de promotion. Les touristes étrangers sont très pointilleux et exigent «zéro» faute en matière d'hygiène et une grande disponibilité de ces lieux sur l'ensemble de leurs circuits. Malheureusement, chez nous, c'est encore le «déficit» de ce côté-là. D'ailleurs et pour les mêmes raisons, le citoyen algérien souffre le martyre dans ses déplacements dans son pays. Au-delà de ces commodités qui manquent d'hygiène quand elles existent, leur impact sur la santé publique est complètement ignoré par nos responsables. C'est l'endroit le plus dangereux en matière de propagation de maladies contagieuses. Jamais aucune recommandation n'a été formulée en ce sens par notre ministère de la Santé. Ni par nos médecins «médiatiques» non plus. C'est pourquoi, il est à se demander s'il ne s'agit pas d'un tabou. Dans toute notre histoire post-indépendance un seul responsable s'est attaqué courageusement à ce problème. C'était en 1975. Abderrazak Bouhara venait de rentrer de Hanoï (Vietnam) où il était ambassadeur pour occuper aussitôt le poste de wali d'Alger. L'une de ses premières mesures fut la fermeture des cafés et restaurants tous les jours de 14 h à 15 h. Avec obligation, pour les propriétaires des lieux, de procéder au grand nettoyage durant ce temps. C'est le même Bouhara qui inventa le mot «rurbain» (contraction de rural et urbain) pour expliquer le déficit dont parle Zalène. Le ministre de la Santé, celui du Tourisme et tous les walis du pays prendront-ils le relais pour casser définitivement ce tabou?