Revoilà Vahid!

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Le sport-roi algérien est malade, comme le sont plusieurs autres secteurs qui n'en finissent pas de s'enfoncer dans des problèmes et des lacunes insondables. Sauf que dans cette matière-là, tous les Algériens sans exception se veulent des juges et arbitres autoproclamés, voire même des entraîneurs de haute voltige. Voilà la raison pour laquelle tous les techniciens du ballon rond qui ont tenté de conduire les Verts au firmament de leur destinée ont craqué psychologiquement sous les coups de boutoir conjugués de l'opinion publique nationale et de la presse dite sportive, plus dans le sens de l'activité que dans celui de la morale.
Il y eut, souvenons-nous en, Rabah Saâdane qui, Dieu sait pourquoi, aura réussi le tour de force de liguer tout le monde et son père contre lui. Ensuite, il y eut Gourcuf, le poisson-pilote du ministre jadis socialiste et aujourd'hui républicain en marche, qui débarqua dans l'ombre de Raouraoua pour s'installer aux lieu et place de Vahid Halilhodzic. Et enfin, il y eut Halilhodzic lui-même, qui s'en alla la mort dans l'âme, mais sans pour autant garder la moindre amertume, ni encore moins une quelconque rancoeur à l'égard d'un pays où il avait retrouvé la flamme de sa Bosnie natale. Tout au plus, si on l'interroge sur cette période trouble, il dira qu'il eut certes beaucoup de déboires avec une presse «spécialisée» dans la construction rapide des échafauds et avec la FAF de l'époque qui appréciait mal ses méthodes plutôt musclées et ses exigences financières, pourtant tellement légitimes au su et au vu de ses remarquables résultats. Depuis quelques mois, les Fennecs sont affligés d'une langueur, et d'une apathie même, plus qu'alarmantes. Leurs résultats face à des équipes dont la modestie paraissait un gage de bonne figuration ont de quoi donner l'urticaire au supporter le plus endurci. Après le Cap-Vert, l'Iran, l'Arabie saoudite, voilà que la rencontre face au Portugal aura constitué le match de trop, même si l'opposition avait de quoi tempérer l'enthousiasme puisqu'il s'agit du champion d'Europe au sein duquel on trouve le meilleur footballeur du monde, un certain Cristiano Ronaldo.
Autant de défaites, autant de fiascos qu'on cherche à relativiser en rappelant qu'il s'agissait de rencontres «amicales». Il n'empêche, les Algériens qui ont peu de motifs de satisfaction depuis le début de la crise pétrolière se sentent profondément blessés dans leur amour-propre par une équipe devenue sans âme, en proie à un doute malfaisant et à un renoncement peut-être coupable, mais certainement justifié.
Dans moins d'une semaine, débutera à Moscou la grande messe du sport-roi et c'est toute la planète qui va vibrer au rythme des exhibitions des équipes nationales, galvanisées par l'hymne de leur pays. Par millions, les Algériens suivront, non sans une immense tristesse, ces rencontres, avec le sentiment cruel d'un immense gâchis. Et pourquoi? Pour une histoire de «gros sous» dont les conséquences évidentes indiquent aujourd'hui qu'on a dépensé trois fois plus que ce qu'on prétendait vouloir «épargner» en poussant Halilhodzic vers la sortie. Or quand on veut bâtir une équipe qui gagne, il serait malvenu de commencer par faire des calculs d'épicier tout en lorgnant vers des techniciens de talent et de grande renommée.
C'est ce qui a fait que notre pays a raté le coche, si j'ose dire, avec Vahid Halilhodzic dont l'amour-propre est au moins égal à celui du peuple algérien qui a appris à l'aimer et à le réclamer haut et fort, surtout en ce moment. Puisse-t-il, pour une fois, faire abstraction des tristes épisodes à l'origine de son départ et ne considérer que cette passion que les Algériennes et les Algériens lui témoignent en toute circonstance au point de guetter avec une impatience incroyable son retour parmi nous!