Ils sont foot!

Par

On aura beau disserter, à tort et à travers, sur le sport-roi, une seule chose est sûre: la communion qu'il engendre entre des êtres frustes et des intellectuels patentés reste unique au monde. Dans les arènes où s'affrontent, pour l'argent et pour la gloire, deux équipes aux destins contraires, il se passe toujours quelque chose à laquelle personne ne s'attend. De bonnes choses, mais aussi des mauvaises. Plus souvent d'ailleurs, les mauvaises.
Voilà pourquoi il n'y a pas lieu de s'étonner de l'annonce faite par les autorités colombiennes qui, parties d'une menace de mort sur les réseaux sociaux à l'encontre du joueur Carlos Sanchez, frappé d'un carton rouge dès le premier match du Mondial-2018, et considéré par certains supporters comme entièrement responsable de la défaite face au Japon (2-1), ont «ouvert une enquête approfondie» pour en identifier les auteurs. «Nous recherchons actuellement des informations pour procéder à des poursuites criminelles, s'il y a lieu», a ainsi averti un haut responsable de la police colombienne, le général Jorge Vargas, dans une intervention à l'occasion d'un journal télévisé.
Le ou les mauvais plaisantins avaient assorti leur tweet «je vous propose de faire un rêve», d'une photo du «pauvre» Sanchez en funeste compagnie, à savoir le défenseur colombien Andres Escobar, assassiné en juillet 1994, à Medellin, parce qu'il avait eu le malheur de marquer contre son camp durant la rencontre face aux Etats-Unis, avec pour dramatique conséquence une élimination de la Colombie.
Comme il arrive que l'histoire balbutie, le sort qui a marqué Carlos Sanchez exclu à la 4ème minute pour une faute de main intentionnelle, dans la surface de réparation, sanctionnée par un but inespéré du Japon, porte en lui le glas d'une campagne que les Colombiens voyaient en rose jusqu'au moment fatidique du penalty. Beaucoup de choses vont ainsi dépendre du match qui verra, aujourd'hui même, la Colombie affronter la Pologne, malheureux adversaire d'un Sénégal décomplexé. Ainsi va le football qui offre des spectacles fabuleux, vagues reflets des jeux dont se gavaient les Romains dans l'Antiquité, sous le regard bienveillant et ô combien intéressé des dirigeants qui savent leur importance pour la maîtrise de la plèbe. Et que n'avons-nous vu comme images d'Epinal, un Neymar effondré, après avoir marqué son premier but, in extremis, ou un Messi fuyant par la petite porte un chemin de croix qui lui ferait oublier les offres attachantes d'Israël face au sang des jeunes Palestiniens! La star brésilienne, enfant gâté d'un pays qui ne vit et ne respire que par le football, a montré les limites de son art, comme de son ego, malgré les propos dithyrambiques des professionnels du superlatif. Quant à l'idole argentine, elle a clairement perdu les reflets trompeurs qui la rendaient omniprésente sous les feux triomphants de Barcelone, à croire que, sans les atouts des autres monstres sacrés, Messi n'est et ne sera jamais prophète en son pays!
Reste le roi des rois, l'incomparable au sur-moi inégalé, celui qui promet sans frémir et réalise sans trembler, Cristiano Ronaldo, incontestablement le seul, l'unique templier d'une équipe du Portugal qui n'existerait pas sans lui. Et là, je n'ai plus rien à dire, sinon qu'il ne faut pas manquer une seule minute de son sacerdoce pour comprendre qu'il porte sur ses épaules un peu de la planète en foot et beaucoup des rêves et des espérances de son peuple. Il est ainsi, à lui seul, toute la leçon.