Un fléau qui gangrène la nature

Par

Mais qu'est donc devenue la campagne contre les sacs en plastique qui infestent le quotidien du pays? Sans doute, la question peut paraître saugrenue dans le contexte actuel, fait de commentaires abondants sur le choléra, l'absence d'hygiène et les risques déjà éprouvés des intempéries qui deviennent vite des catastrophes «naturelles». Mais elle mérite d'être posée car, deux ans après les annonces tonitruantes d'une lutte sans merci contre ce fléau qui dénature la campagne et les villes algériennes, on ne peut que constater, avec une certaine amertume, combien ce même fléau demeure omniprésent.
Il faut savoir que le recyclage du plastique est un défi gigantesque, quels que soient les moyens mobilisés à cet effet. Et le phénomène n'est pas spécifique à notre pays puisque, partout dans le monde, on déplore l'ampleur de ce crime contre la nature. Charrié par les cours d'eau, le plastique constitue une des pollutions les plus affligeantes aussi bien pour les êtres vivants que pour l'environnement, en général. 10 fleuves transportent la masse la plus inquiétante de ces détritus qui se déversent dans les océans et portent un grave préjudice à la vie sous-marine. Huit d'entre eux sont en Asie et deux en Afrique. Les spécialistes recommandent d'installer des nasses de récupération aux embouchures, mais personne ne prête attention à leur signal d'alarme.
Des géants de l'industrie comme le plus connu d'entre eux, spécialisé dans la boisson gazeuse, ont un rôle des plus nocifs en la matière. Sur ce plan, nos propres usines sont en train de mettre les bouchées doubles et aggravent de jour en jour la situation, déjà fort peu reluisante. Selon certains experts, il suffirait de 100 millions d'euros pour installer ces équipements destinés à récupérer le plastique au niveau des embouchures des fleuves incriminés. Exactement deux pour cent de la somme que la firme tentaculaire de soda précitée consacre à la communication ou plutôt à la publicité de ses produits.
Autant dire que les océans ne sont pas prêts d'être affranchis de cette lèpre qui mine les ressources et contribue au dérèglement climatique dont on disserte volontiers, en termes purement philosophiques, sans jamais franchir le pas de l'action préventive. Faune et flore continueront donc d'être dangereusement affectées. Dans notre pays, où règnent l'insalubrité et les gisements de déchets à ciel ouvert, la barrière de corail qui fait l'objet d'un véritable massacre commis par des prédateurs patentés est également la proie de ces marées de plastique dont la végétation marine et la densité poissonnière sont les premières victimes.
Il faudrait un véritable sursaut national pour que soit enfin menée une lutte quotidienne contre cette prolifération du plastique, sous des formes diverses, dans nos rues et dans notre environnement qui ne sera pas plus rose, sans doute, mais moins porteur de sinistrose.