Où va l'APN?

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Conflit social? L'Assemblée populaire nationale est à l'arrêt. 351 députés sur les 462 que compte la chambre sont en grève depuis dimanche dernier. Leur décision de «geler toutes les activités des structures de l'APN» intervient après le refus du président de l'APN de démissionner comme les députés l'exigeaient. Ils sont décidés à poursuivre leur mouvement jusqu'à «satisfaction de leur revendication». Ils reprochent à leur président une «marginalisation éhontée, report intentionnel de l'adoption du règlement intérieur de l'APN, marginalisation des membres de la Commission des affaires juridiques, mauvaise gestion des affaires de l'APN, frais exagérés déboursés illicitement, recrutement douteux,...». Nous sommes face à une démarche inédite. Aucun texte légal ne prévoit un quelconque «droit» aux députés pour exiger la démission du président de l'Assemblée. D'ailleurs et même s'il accédait à leur demande, aucun texte ne précise qui doit recevoir cette démission. Le cas de Karim Younès, l'ancien président de l'APN qui avait soutenu Benflis lors de l'élection de 2004 et qui s'est retiré après la défaite de son candidat, est souvent cité, à la différence toutefois que c'était un acte volontaire et non imposé. Donc personne ne peut retenir quelqu'un contre son gré. Ce n'est pas le cas aujourd'hui. C'est même le contraire. Bouhadja ne semble pas «pressé de démissionner». Il doit tout simplement prendre son temps pour vérifier les tenants et aboutissants de cette démarche. De vérifier de quel côté se trouve la légalité. Et si, au final, il aurait une chance de gagner cette partie de «bras de fer». Et si c'est le FLN par la voix de son SG, Djamel Ould Abbès, qui a pris publiquement la tête du mouvement contre le président de l'APN, ce sont les groupes parlementaires des quatre partis plus les Indépendants formant l'alliance présidentielle, qui ont signé la motion de défiance. Ce qui peut se traduire par le fait que se sentant responsable de l'élection de Bouhadja (député FLN) au perchoir, Ould Abbès a dû penser qu'il lui revenait de le sanctionner. Bouhadja n'a pas l'air d'avoir ce souci du parrainage en tête. On veut «le démissionner» et lui ne veut pas. Ce blocage risque de durer l'éternité car il n'y a aucun moyen juridique de l'interrompre. Comme ce n'est pas un moyen qui obligerait nécessairement le président de démissionner. Nul ne peut prévoir la tournure que prendra cette affaire. Cependant, force est de constater qu'elle intervient à quelques semaines des élections sénatoriales et à quelques mois de la présidentielle. Sans oublier qu'il y a la loi de finances 2019 à adopter. Ce qui est suffisant pour dire que cette crise intervient à un mauvais moment du calendrier politique du pays. Le président de la République est le seul à avoir constitutionnellement les moyens de dénouer la crise. Pour le moment, respectueux de la séparation des pouvoirs, il observe!