Une dynamique libyenne

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Depuis bientôt trois ans, les évènements alternent en Libye, entre l'espoir et la déprime, de sorte qu'on ne sait plus très bien quel sera le résultat des rendez-vous fixés par le médiateur de l'ONU, Ghassan Salamé, dont le scepticisme a été dévoilé, la semaine dernière, sans qu'il désespère, malgré tout, de tenir ses engagements, «reportés» de quelques mois.
Une bonne nouvelle arrive rarement seule et c'est ainsi qu'on a appris, jeudi dernier, qu'un groupe armé a décidé de «restituer le port maritime» de Tripoli au gouvernement libyen, dans le cadre des nouvelles dispositions du gouvernement en matière de sécurité. L'annonce en a été faite par le ministère libyen de l'Intérieur. Le port maritime est donc cédé par le groupe armé Al-Nawasi, l'une des plus grandes milices, dont le rôle est décisif au niveau d'un certain nombre de bâtiments publics dans la capitale. Ces nouvelles dispositions en matière de sécurité, avec lesquelles le GNA cherche à constituer des forces communes de la police et de l'armée pour mieux sécuriser Tripoli, ont été adoptées par le gouvernement courant septembre, au plus fort des affrontements meurtriers qui ont opposé des milices aux forces gouvernementales, tant à Tripoli que dans ses environs. Ces combats qui ont duré près d'un mois, tuant et blessant des centaines de personnes, ont poussé à la fuite plus d'un millier de personnes. Les négociations menées par le GNA, avec le concours de chefs de tribus et de dignitaires des villes engagées dans le conflit, ont permis un retour au calme, certes précaire, mais dont il faut espérer qu'il soit renforcé par la mise en place de normes nouvelles de sécurité. On le voit bien, les enjeux sont tellement complexes qu'il serait hasardeux d'envisager des élections législatives et encore moins une présidentielle alors que la situation peine à se stabiliser. Tout au plus, peut-on espérer que les efforts de toutes les parties vont converger dans le sens d'une dynamique consensuelle permettant, à moyen terme, de convoquer le corps électoral. Pour l'instant, on n'en est pas là. Et Ghassan Salamé a d'autres défis à relever dont le moindre n'est pas la remise en ordre de l'instance chargée du recensement des électrices et électeurs libyens, visée, voilà plus d'un mois, par un attentat de Daesh qui, lui aussi, joue sa partition singulière pour maintenir la Libye dans un chaos largement profitable. Quid alors, direz-vous, de l'incontournable maréchal Khalifa Haftar dont on n'entend plus parler, depuis une malencontreuse sortie médiatique, devenue une manipulation de certains médias connus pour leur travail de sape des pays qui dérangent leurs maîtres? Le maréchal Haftar et les autorités de l'Est sont peu diserts, ces derniers temps, même s'ils observent, avec un intérêt évident, les soubresauts qui agitent la région tripolitaine. Et pour cause, nul ne leur enlèvera cette idée que le temps joue, encore et toujours, en leur faveur. Or, qui sait, peut-être n'ont-ils pas tort malgré le fait qu'on pense qu'ils n'ont pas tout à fait raison!