Debré, Papon et les Algériens à Paris

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Préméditation. En ce mois d'octobre 1961, la France était dirigée par le général de Gaulle. La guerre d'Algérie en était à sa 7ème année. Des négociations avec le GPRA ouvertes à Evian en mars 1961 se sont achevées sur un échec en juillet de la même année. Le Premier ministre français, Michel Debré, était partisan de l'Algérie française. Dès l'accord du cessez-le-feu, le 19 Mars 1962, il démissionna. A Paris, c'était Maurice Papon qui était préfet de police. Le 5 octobre 1961, il décrète le couvre-feu dans la capitale française «applicable pour les Français musulmans algériens de 20h30 à 5h30 du matin». Le 17 octobre, une manifestation pacifique est décidée pour dénoncer cet acte raciste de Papon. Ce dernier, avec l'accord incontestable du ministre de l'Intérieur, Roger Frey et du Premier ministre, Michel Debré, donne l'ordre aux policiers de réprimer violemment la manifestation. Des milliers de manifestants algériens ont été arrêtés et conduits au Palais des Sports. Des dizaines de centaines d'autres ont été tués. La plupart ont été jetés à la Seine. C'était, il y a 57 ans. Aujourd'hui nous commémorons le 51e anniversaire de cette autre «tragédie inexcusable». Nombreuses ont été ces «tragédies inexcusables» durant la colonisation française en Algérie. Il y a eu les enfumades. Il y a eu les déportations. Il y a eu les «punitions collectives». Le Code de l'indigénat. Les expropriations. Le napalm. Les camps de concentrations. Il y a eu les massacres du 8 mai 1945. Il y a eu les tortures. Il y a eu un million et demi de martyrs algériens durant la guerre de Libération nationale. La liste est encore longue. Le président Macron lorsqu'il était candidat semblait bien au fait de ces actes monstrueux commis au nom de son pays puisqu'il les a qualifiés de «crimes contre l'humanité». Ensuite il y a effectué ce qui ressemble à un rétropédalage. Probablement devant la levée de boucliers des nostalgiques de l'Algérie française. D'ailleurs, même sa dernière reconnaissance de l'assassinat de Maurice Audin prête à confusion. Beaucoup d'Algériens ont péri, comme Audin, sous la torture et que l'histoire retiendra sous le nom de «crevettes Bigeard». Macron ne les a pas intégrés dans sa «reconnaissance officielle». Qu'importe, la France, pays de la déclaration des droits de l'homme, traînera comme un boulet dans son histoire, tous les actes de sauvagerie commis en son nom durant un siècle et demi qu'aura duré la colonisation en Algérie. Les manifestants algériens massacrés le 17 octobre à Paris ont des enfants, des petits-enfants et arrière-petits-enfants qui ont la double nationalité, algérienne et française. Ce sont eux qui se recueilleront aujourd'hui, sur le sol français, à la mémoire de leurs parents assassinés par la police française, il y a 51 ans. L'Elysée ne devrait pas l'oublier!