Trump ouvre la boîte de Pandore

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On savait que le président américain Donald Trump est capable de tout et n'importe quoi. Les révélations de son entourage et notamment le livre que lui a consacré Bob Woodward, coartisan du Watergate qui a emporté le président républicain Richard Nixon (Peur: Donald Trump à la Maison-Blanche) sont encore dans toutes les mémoires. Il y eut auparavant un autre ouvrage de Michael Wolff (Fire and fury, le feu et la fureur) qui décrivait un comportement apocalyptique du milliardaire président des Etats-Unis. Contestés, qualifiés de ragots et de propos de caniveau, tous les livres tendant à mettre en garde contre un homme qui conduit la première puissance mondiale dans une impasse dangereuse sont passés à la trappe car l'opinion des Américains, influencée puissamment par les lobbies évangélistes, demeure quelque peu favorable au discours rédempteur de Trump. Habitué à passer d'un extrême à l'autre, sans le moindre état d'âme, en témoignent ses facéties autour de l'affaire Khashoggi pour laquelle il juge tantôt «crédible» la thèse des autorités saoudiennes et tantôt les menace de «sanctions sévères», jonglant ainsi entre la pseudo intransigeance et la complicité criarde, voilà qu'il fait résonner un coup de tonnerre en décidant le retrait des Etats-Unis d'un traité majeur sur les armes nucléaires. Ce traité dit INF (Intermediate Nuclear Forces Treaty) a été conclu avec l'Urss de Mikhaïl Gorbatchev, dernier dirigeant du bloc soviétique, durant la Guerre froide. Relatif aux armes nucléaires dites intermédiaires, il avait aboli l'usage de toute une série de missiles, d'une portée variant de 500 à 5500 km, mettant un terme à la crise déclenchée dans les années 1980 par le déploiement des SS-20 soviétiques à têtes nucléaires ciblant les capitales occidentales. Un des faucons de l'administration Trump, John Bolton, conseiller à la sécurité, était hier à Moscou pour y rencontrer le MAE russe Sergueï Lavrov. Nul doute qu'il aura été beaucoup question de cette nouvelle provocation des dirigeants américains au cours d'une visite qui a pris une tout autre dimension après l'annonce par Donald Trump de sa décision de retrait du INF. Il est peu probable que John Bolton soit reçu par le président Vladimir Poutine car l'homme est connu pour ses positions tranchées en faveur de la chute du régime iranien et il est pour beaucoup dans la décision de retrait américain de l'accord nucléaire suivie d'un chapelet de sanctions visant à étrangler l'économie iranienne «pour le bien-être du peuple iranien»! Pire, John Bolton a mené une guerre implacable contre la Corée du Nord, plaidant pour des frappes nucléaires à même d'en finir avec le régime de Kim Jong Un, et il a sans cesse poussé à des sanctions toujours plus dures contre...la Russie dont le retour en tant que grande puissance inquiète Washington. C'est ainsi que le journal britannique The Guardian affirme que John Bolton a exercé de très fortes pressions sur Donald Trump pour obtenir le retrait du traité INF. Et il serait également à la barre pour bloquer toute négociation sur l'extension du traité New Start relatif aux missiles stratégiques dont l'expiration interviendra en 2021. Voilà pourquoi on voit mal quelles bonnes nouvelles il pourrait avoir apporté à Moscou, même si les dirigeants russes attendent de lui des «explications substantielles» sur ce qu'ils considèrent comme «un pas très dangereux» vers une confrontation à l'échelle planétaire quand bien même la Russie s'est engagée à ne jamais recourir la première à l'apocalypse nucléaire.