La fable de Carthage

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La reconfiguration du paysage politique en Tunisie, sitôt établie, indique combien la situation est encore confuse, alors que les états-majors se mettent en ordre de bataille, en prévision des élections de...fin 2019! Si le parti islamiste de Rached Ghannouchi, Ennahdha, demeure en tête du peloton avec 68 députés, la formation du président Béji Caïd Essebsi, Nidaa Tounes, vient tout juste de reprendre «sa» deuxième place, devançant un nouveau venu, le bloc de la coalition nationale constitué par des transfuges de Nidaa Tounes ralliés au Premier ministre Youssef Chahed. Le Front populaire, avec 15 membres, Machrouû Tounes, avec 14, le bloc démocratique, avec 12, et Al Wala lel Watan, avec 11, campent dans un halo attentiste tout en sachant qu'ils peuvent peser dans la balance, le moment venu.
Tandis que, des mois durant, Youssef Chahed et son rival Hafedh Caïd Essebsi qui s'est imposé, contre vents et marées, comme le seul maître à bord du parti Nidaa Tounes, vidé d'un nombre important de cadres et de compagnons du chef de l'Etat en 2014, menaient une guerre sans merci pour l'intronisation à la candidature en 2019, voilà que les choses se précipitent en quelques semaines.
Il y a quinze jours, le président Béji Caïd Essebsi qui déplorait l'affrontement «fratricide» entre son fils et son neveu par alliance au point de souhaiter qu'ils soient, tous deux, écartés de Nidaa Tounes avait clairement laissé entendre qu'il ne s'interdisait guère un nouveau mandat, même si l'heure n'était pas à une quelconque annonce, qualifiée de prématurée. Cependant, le récent entretien qu'il a eu avec son compère Rached Ghannouchi a quelque peu bousculé les choses, en ce sens que Ennahdha appelle, maintenant, à soutenir le gouvernement de Youssef Chahed dans sa nouvelle formule!
Le parti de Ghannouchi a, ainsi, invité les autres mouvements politiques et les organisations sociales à contribuer à la mise en place de ce qui s'apparente à un nouveau gouvernement d'union nationale. C'est pourquoi toute la Tunisie bruit des rumeurs du remaniement imminent, sachant que la ministre du Tourisme Selma Elloumi-Rekik a quitté, avant-hier, un secteur où elle a fait des merveilles, redonnant une confiance inespérée aux opérateurs du pays, pour rejoindre le palais de Carthage en qualité de directrice du cabinet présidentiel!
On peut penser qu'il s'agit là de la réponse du berger aux deux bergères et que le président Béji Caïd Essebsi, lassé des remous créés par ses proches au sein du parti qu'il a fondé, va sans doute en reprendre les rênes et se préparer en conséquence pour un rendez-vous qui n'est pas pour déplaire à la grande majorité des Tunisiennes et des Tunisiens. Comme dans les fables de Bidpaï, traduites de l'indou vers l'arabe par Ibn El Muqaffaâ au VIIIème siècle, l'âne est souvent entraîné par un quidam de passage pendant que ses deux supposés propriétaires se battent comme des chiffonniers.