Où est le front populaire?

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L'oubli. Chaque week-end est caractérisé chez nous par les activités des partis politiques. Les leaders de ces partis prennent en général la parole pour exprimer leurs espoirs et leurs doutes. Cette semaine, par exemple, nous avons entendu parler d'économie, de militantisme, de développement local et de beaucoup d'autres thèmes. Pas une seule voix ne s'est prononcée sur la sécurité du pays et des menaces qui planent. Pas une seule voix n'a été entendue sur les «assauts» médiatiques que nous venons de subir. Après le barbouze Bajolet déguisé en diplomate, après la BBC et France Football, pas une voix chez nous n'a fait le lien entre ses «sorties». Après la nouvelle éruption de la violence dans les stades et la résurgence de l'agitation dans le secteur de l'éducation, pas une voix n'y a vu une concomitance. Il faut peut-être rappeler l'insignifiance des sujets qu'ils soient économiques ou autres si la paix venait à manquer. Il faut simplement rappeler car tous les Algériens et pas seulement le personnel politique, ont toujours présent à l'esprit la décennie du terrorisme où il était impossible de penser à autre chose qu'à la survie. Qui avait entendu, à l'époque, parler d'économie hors hydrocarbures? D'exportations? Qui avait entendu parler de grèves à l'école ou ailleurs? Qui avait entendu parler des matchs truqués en France? Qui avait entendu parler de distribution de logements? Qui avait entendu parler de transferts sociaux? De flambée des prix des fruits et légumes? Les Algériens n'avaient qu'un seul et même sujet en tête: comment sortir du drame, de la douleur, du sang et des larmes qui envahissaient notre quotidien? Et quand on a vécu un tel enfer, on ne doit plus se laisser aller et prendre le risque de le revivre un jour. Le 20 août dernier, le président Bouteflika avait appelé les Algériens à se mobiliser «et à renforcer l'édifice d'un front populaire solide afin de garantir la stabilité de l'Algérie et sa résistance face à toutes les manoeuvres internes et menaces externes». Les manoeuvres internes et les menaces externes dont il fait état, sont là. Devant nous. Aveuglantes. Nous en avons cité quelques-unes plus haut. Mais que fait-on face à ces menaces? A commencer par nous les médias. Pourquoi reprendre le fiel du barbouze Bajolet pour le répandre dans l'opinion algérienne? Pourquoi nos partis politiques ne bronchent pas quand un étranger s'ingère dans nos affaires intérieures? La défense de la patrie est au-dessus des intérêts partisans. Pourquoi n'avons-nous pas renvoyé la BBC et France Football à leurs propres scandales? Celui du match OM-Valencienne, l'affaire Michel Platini, celle du Français Jérôme Valcke, celle du sélectionneur anglais Sam Allardyce, celle de l'Américain Chuck Blazer, etc. Pourquoi être là juste pour encaisser. Et même quelquefois virer au masochisme. Cette tendance à vite oublier que le danger nous guette en permanence risque de nous jouer un sale tour, qu'il ne servirait à rien de regretter après coup. D'ailleurs, plus personne (y compris les partis politiques) ne parle du front populaire. Remettons, partis et médias, la mobilisation des Algériens à l'ordre du jour!