Nous n'étions que des indigènes

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Recueillement. Demain soir à minuit, les Algériens se remémoreront que cette nuit-là, il y a 64 ans, des héros parmi eux ont changé le cours de leur histoire. «Des terroristes ont opéré en divers points de l'Algérie» titrait le journal colonial La Dépêche Quotidienne du 2 novembre 1954 sur toute la largeur de la Une. De l'autre côté de la Méditerranée, en métropole comme disaient les colons, le journal France-Soir a choisi comme titre en Une: «Brusque flambée terroriste en Algérie». Toujours en Une, Le Figaro (autre journal de la «métropole») du même jour a choisi d'annoncer une «vague de terrorisme en Algérie, trente attentats ont été commis simultanément dans les régions de Constantine, d'Alger et d'Oran (les 3 départements français d'Algérie, NDLR) au cours de la nuit de dimanche à lundi». C'était la stupéfaction générale. François Mitterrand qui était ministre de l'Intérieur dans le gouvernement Mendès France, venait juste d'effectuer, quelques jours avant, une visite en Algérie. Il est reparti serein affirmant même que tout était calme. La simultanéité des opérations et leurs étendues, sur l'ensemble du pays, ne laissaient aucun doute. Il s'agissait bel et bien de la lutte armée pour la libération de l'Algérie qui venait de commencer en ce 1er Novembre 1954. Dans leur message du 1er Novembre 1954, les chefs de la révolution (Ben Boulaïd, Ben M'hidi, Didouche, Krim Belkacem, Boudiaf et Bitat) ont expliqué le caractère anticolonialiste de leur combat. Leur programme était basé, avant l'heure, du vivre ensemble en paix. L'objectif poursuivi étant bien sûr l'indépendance du pays. Pour «La restauration de l'Etat algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques... (et dans) le respect de toutes les libertés fondamentales sans distinction de races et de confessions». Les chefs de la révolution avaient mesuré le poids de leur décision. «Il est vrai, la lutte sera longue mais l'issue est certaine.» Comme ils avaient mesuré tous les risques. «Quant à nous, avaient-ils conclu, nous donnons le meilleur de nous-mêmes à la patrie.» Ces valeureux chefs historiques ne sont plus là. Ils forment la longue liste du million et demi de martyrs. Ils nous ont laissé en héritage l'Algérie, ce beau pays pour lequel ils sont morts. Ils ont fait de nous ce que nous sommes aujourd'hui. Des hommes et des femmes vivants comme tous les humains de la planète. Qui ne sont plus dominés par les envahisseurs. Qui ne sont plus considérés comme des étrangers dans leur propre pays. Qui mangent à leur faim. Qui s'habillent chaudement. Qui vont à l'université. Avant la révolution du 1er Novembre 1954, nous n'étions que des indigènes sans droits. Uniquement avec des devoirs. Nos parents étaient les esclaves des colons. Ben Boulaïd, Ben M'hidi, Didouche, Krim, Bitat et Boudiaf, ce peuple que vous avez libéré, vous rend hommage. Demain, comme à chaque fois, il se recueillera à votre mémoire. Et à l'incroyable défi que vous avez relevé!