Hocine Ait Ahmed, l'homme du refus

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Préparée par le Front des forces socialistes (FFS) qui n'en finit pas de se sentir orphelin, toute une série d'activités et de meetings, à Alger et dans d'autres wilayas, devait rendre hommage hier au père fondateur, Hocine Aït Ahmed, disparu un 22 décembre 2016. Hier donc, le FFS a tenu une rencontre commémorative à la salle Sierra Maestra, à Alger, sous le signe «Une vie et un combat pour un Maghreb des peuples». La cérémonie devait être marquée par la présence de chefs de partis venus de pays voisins. Parmi eux, le président du parti Ettakatoul de Tunisie, de l'Union socialiste des forces populaires du Maroc, du premier président de l'Assemblée nationale constituante de Tunisie, Abderrahmane Ben Djaffar. Cet hommage souligne la dimension exceptionnelle de l'homme, même si le travail de mémoire dont pâtissent, malheureusement, tous les chefs historiques de la Révolution, comme Mostefa Ben Boulaïd ou Didouche Mourad, pour ne citer qu'eux, mériterait bien davantage. Hocine Aït Ahmed, né le 26 août 1926 à Aïn El-Hammam, a entrepris, très jeune, un parcours politique au sein du Parti du peuple algérien (PPA), avant de présider l'Organisation spéciale (OS) en 1947, au lendemain de la mort de son fondateur, Mohamed Belouizdad. Avec Ahmed Ben Bella, il organisa l'attaque de la Grande poste d'Oran, en 1949, et, en 1955, il participa au congrès de Bandung (Indonésie), avant de se rendre à l'ONU en 1956 à la tête de la délégation du FLN. Surtout, il fut un des cinq chefs historiques de la guerre de Libération nationale et fut incarcéré au lendemain du détournement de l'avion transportant plusieurs dirigeants du FLN par le colonisateur français, le 22 octobre 1956. Ce bref rappel est à l'intention de tous ceux qui méconnaissent la page d'histoire dans laquelle il a laissé une empreinte indélébile en tant que patriote et en tant que révolutionnaire. Sa vie durant, Hocine Ait Ahmed a été l'homme du refus. Refus de la corruption, tout d'abord, et de tout diktat, quel qu'en soit la prémisse. Refus de l'homme providentiel par qui le destin d'un peuple doit s'écrire en lettres de sang. Légaliste jusqu'à se fourvoyer à Sant' Egidio aux côtés de l'ex-FIS, tant sa soif de liberté était grande. Son combat aura ainsi revêtu, pendant les décennies qui ont suivi l'indépendance, les exigences inextinguibles d'une Assemblée constituante, d'une alternance au pouvoir, de la primauté du politique sur le militaire, d'une transparence exemplaire des scrutins loin du bourrage des urnes, qui propulse les prédateurs à la tête des institutions, un Etat fondé en permanence sur une véritable justice sociale. Ce sont ces revendications non négociables qui ont balisé son exil forcé jusqu'au retour à la terre natale, un retour empreint de chagrin national sincère, mais aussi de larmes de crocodile opportunément versées.