Le défi de Youssef Chahed

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Et voilà le chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed, qui a affirmé dimanche dernier que la prochaine élection présidentielle «n'est pas tentante et n'est pas une priorité» pour lui, selon des propos rapportés par l'agence de presse TAP. Chahed «ne pense pas aux élections de 2019», mais à l'unité de «la famille démocratique et progressiste», considérant que «le paysage politique actuel est chaotique» et que la Tunisie «a besoin d'un projet qui ramène le rêve aux tunisiens» pourvu qu'il y ait une vraie «rupture avec les erreurs du passé», suivez son regard sur la chaîne Al Tassiaâ à laquelle il a accordé une interview. Ce n'est pas vraiment un séisme dans le paysage politique tunisien habitué aux changements de cap plus ou moins brutaux, mais seulement la confirmation de ce que l'on sussurait depuis des mois, à savoir que le deal entre le souffre-douleur du clan Essebsi et le parti islamiste Ennahdha consiste bel et bien en un soutien ferme et durable moyennant cette abstention sur la ligne de départ en décembre 2019. Pourtant, Chahed se dit porteur d'un «projet d'unification de cette famille politique» qui «doit voir la lumière, mais nécessite plusieurs conditions, y compris la rupture avec la corruption, l'adoption de la démocratie interne et le recours aux compétences». Qui plus est, il souligne, avec une certaine insistance, qu'il n'y a aucune tension avec le président Béji Caïd Essebsi avec lequel il «coopère dans le cadre de la loi et de la constitution». Toutefois, il ressasse sa conviction que Hafedh Caïd Essebsi, directeur exécutif de Nidaa Tounes, a «détruit le parti et a voulu traiter l'Etat comme s'il était une propriété privée», d'où son différend avec lui. Et là, le coup de massue fracassant car, pour Chahed, Nidaa Tounes «n'existe plus» et sa direction actuelle n'est en rien représentative des bases larges qui ont contribué à la victoire présidentielle de 2014. Plus sévère encore, Youssef Chahed reproche à «ces dirigeants», au premier rang desquels se trouvent Hafedh Caïd Essebsi et Slim Riahi, de vouloir saper son action dans le but de «s'approprier le pouvoir et d'affranchir les corrompus» qu'il a jetés en prison! Enfin, il conclut en mettant l'accent sur sa détermination à préparer un rendez-vous présidentiel et législatif «transparent et équitable», comme «ce fut le cas lors des récentes municipales» remportées par Ennahdha. Ainsi, la boucle serait-elle bouclée pour un chef du gouvernement qui considère que le parti islamiste est moins ancré dans son équipe qu'il ne l'est à l'Assemblée des représentants du peuple et que ceux qui s'opposent à sa présence doivent commencer par le supplanter dans les suffrages. Un défi dont on devine qu'il préfigure le résultat des prochaines échéances.