Les nouvelles plaies du continent

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On ne le dira jamais assez, la tragédie libyenne, orchestrée et parachevée par un Nicolas Sarkozy dont le héraut Bernard-Henri Levy portait clairement la maîtrise d'ouvrage, a eu, a et aura des conséquences dramatiques sur l'ensemble de la région. Outre qu'elle a permis à des nébuleuses extrémistes de se constituer en factions nuisibles qui régentent depuis 2011, toutes sortes de trafics, depuis celui des armes et de la drogue jusqu'à la traite des migrants, cette crise a surtout imposé une menace terroriste endémique sur les frontières des pays voisins. Qui plus est, elle a impacté le fragile équilibre ethnique des pays du Sahel, de sorte qu'il ne se passe plus une semaine sans que des dizaines de victimes soient comptabilisées au titre des affrontements qui opposent, par exemple, les Peuls aux Dogons, sous de vagues prétextes religieux. Hier, les dirigeants du Burkina Faso ont dû appeler au calme une population affolée, tout en invitant les plus vindicatifs à la retenue, au lendemain d'affrontements intercommunautaires qui ont causé la mort de 46 villageois. Cela s'est passé dans le village de Yirgou-Foulbé, au centre du pays. La condamnation ferme et les condoléances que les autorités ont formulées, ont été assorties d'un rappel pour dire que le Burkina «a toujours connu une coexistence pacifique entre ses populations. Ces actions ignobles des terroristes visent à entamer la cohésion et l'unité nationale. L'objectif recherché par les terroristes est de diviser nos populations qui vivent en bonne intelligence». Mais le fait est que ces attaques sont devenues, depuis plusieurs mois, cycliques et de plus en plus meurtrières, que ce soit au Mali, au Tchad ou au Burkina. Qu'elles soient instrumentalisées par les groupes terroristes qui espèrent créer la cassure brutale entre les ethnies, c'est une évidence. Toutes les populations de quelque origine qu'elles soient ont vécu pendant des décennies en bonne entente, pour ne pas dire en toute fraternité. Elles ont ainsi contribué au ciment de l'identité nationale, dont on sait combien en Afrique elle est à la fois précaire et indispensable.
Est-ce par hasard si au Biafra, resté hélas dans les mémoires africaines comme un terrible traumatisme, ou au Rwanda déchiré par une guerre atroce entre Tutsis et Hutus, on voit aujourd'hui ressurgir les stigmates et les provocations d'autant plus opportunes que le Nigeria traverse, lui aussi, une période des plus sombres? Ces évènements passés et présents ont ceci de conséquent: ils alertent sur la nécessité vitale d'une action solidaire et concertée de tous les Etats menacés par l'hydre terroriste et, dans le cadre unitaire de l'Union africaine, d'un plan transnational d'éradication commune de toutes les menaces, d'où qu'elles viennent et où qu'elles soient