En passant par Monastir

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Aujourd'hui est une date importante pour le chef du gouvernement tunisien Youssef Chahed dont les soutiens à l'Assemblée des représentants du peuple, au nombre d'une cinquantaine, ont créé une Alliance circonstanciée pour transcender Nidaa Tounes, avec l'appui du parti islamiste Ennahdha, aux objectifs multiples et sous-jacents. C'est en effet aujourd'hui que 550 cadres, ralliés à un Youssef Chahed définitivement en rupture de ban avec son ancien parti et le clan Essebsi, malgré les dénégations très diplomatiques quand il s'agit du chef de l'Etat en personne, vont se réunir à Monastir pour créer, officiellement, un nouveau parti. Députés, ministres, chefs d'entreprise, maires et conseillers municipaux se sont donné rendez-vous pour cet objectif dont la finalité sera de resserrer les rangs en perspective d'une bataille qui se fera, est-il permis d'en douter, contre Nidaa Tounes. Les têtes d'affiche sont Slim Azzabi, Mustapha Ben Ahmed, Mehdi Ben Gharbia, Riad Mouakher, Hadjer Bencheikh, Hichem Ben Ahmed et d'autres, tous des transfuges du parti fondé en 2014 par Béji Caïd Essebsi et qui ont dû claquer la porte, sous la pression contraignante de son fils et héritier Hafedh Caïd Essebsi, directeur exécutif de la formation ou de ce qu'il en reste.
Lors de cette assemblée constitutive, nul doute que le programme consacré sera copie conforme de celui que Youssef Chahed avait soumis, en son temps, au vote des députés quand il portait encore l'étiquette de Nidaa Tounes. Précédant les élections municipales, la guerre avait été déclarée entre les deux prétendants au trône, HCE exigeant sans détour la démission de Chahed et de toute son équipe, au motif qu'il trahissait les engagements du parti, alors que l'homme de la Casbah accuse HCE de saborder Nidaa et de nourrir une hostilité suspecte contre son programme anticorruption. On le voit, les couteaux ont été aiguisés bien avant que le décor des prochaines élections soit effectivement planté, mais depuis un mois, les choses s'accélèrent et des paramètres imprévus, comme les grèves générales décrétées par l'Union générale des travailleurs tunisiens, viennent compliquer davantage une scène, passablement minée. Pour sa cérémonie d'ouverture, hier, l'Open Sigma a publié les chiffres d'une enquête sur les élections, fin 2019. Youssef Chahed est en tête des intentions de vote pour la prochaine présidentielle, en obtenant 22,5% des voix exprimées, suivi de Kais Saïd, constitutionnaliste et candidat indépendant qui prône un mandat révocable pour les élus locaux, avec 14,5%, et Moncef Marzouki, proche de Ennahdha, avec 11,6%. Béji Caïd Essebsi serait 5ème avec 9,2% suivi de Hamma Hammami, 5,2%, puis Safi Saïd, 4,2% et Samia Abbou,3,9%. Pour les législatives, c'est Ennahdha qui l'emporte avec 30,2% loin devant Nidaa Tounes et ses 22% des intentions de vote. Je vous l'ai dit, les couteaux sont déjà aiguisés.