Makri a marché vendredi

Par

Boussole. Abderrezak Makri a réussi une prouesse. Il était la seule personnalité politique, le seul candidat à la candidature à avoir marché dans la rue, vendredi dernier. Il a réussi à «s'infiltrer» dans une marche à Alger. En prenant, toutefois, la précaution de choisir l'endroit le plus clairsemé de la manifestation. Pas de contact direct, aucune prise de parole avec la foule. Sait-on jamais. Sa participation à la marche n'a pas été très remarquée. Une vidéo le montrant marchant à grands pas, dans l'indifférence des manifestants qui ne l'avaient pas reconnu, a été cependant diffusée sur les réseaux sociaux. Provient-elle de ses partisans? Sûrement, car Makri n'a pas marché pour se dégourdir les jambes, mais pour se montrer. Par calcul politique. C'est justement ce calcul qui mérite l'attention. Vendredi soir, un communiqué a été publié par le MSP pour dire que le «message des manifestants» a été compris, mais également pour saluer «l'expression populaire généralisée» des marcheurs. A ce stade, il est évident que le souhait inavoué du candidat Makri est de déclasser la compétition en «deuxième division». Pensant, par là, avoir plus de chances de l'emporter. A sa décharge, d'autres candidats pensent, d'ailleurs, comme lui. Ce que Makri oublie, c'est que pour mettre le maximum de chances de son côté, il faut savoir où mettre les pieds. En descendant dans la rue, vendredi dernier, il a répondu à un appel anonyme. Pour quelqu'un qui aspire à diriger un pays aussi important que l'Algérie, c'est plutôt inquiétant. «Rih li dji yeddih» comme on dit chez nous. De plus, tous ces marcheurs qui ne l'ont pas remarqué, sont révélateurs de sa notoriété incertaine. Et enfin, marcher pour marcher cela n'a aucun sens. Contrairement au bain de foule et ses «dividendes» pour un homme politique. Globalement, la «marche» de Makri risque plus de le défavoriser que de le servir. Le peuple algérien veut un guide, pas un suiveur de foule. Surtout quand ce suiveur répond à un appel venu de nulle part. Où mènera-t-il l'Algérie et les Algériens si, par raisonnement absurde, il venait à être élu? On lui colle l'étiquette d'être un admirateur du président turc Erdogan. Vraie ou fausse, cette étiquette s'ajouterait aux voix non identifiées que Makri est prêt à suivre. Une navigation sans boussole. Pour un leader de parti, les manifestations ne devraient jamais être un train à prendre en marche. Il lui faut en être la locomotive!