Bouteflika et le changement du système

Par

Evolution. Après les six promesses du président Bouteflika, candidat à sa succession, beaucoup se sont demandé pourquoi n'a-t-il pas fait durant 20 ans ce qu'il propose aujourd'hui? Il faut se rappeler qu'en 2004, il avait annoncé, lors du 10ème congrès de l'Organisation nationale des moudjahiddine, l'absolue nécessité de passer de «la légitimité historique à la légitimité populaire». De passer le relais à la nouvelle génération. En 2012, dans un discours à Sétif, à l'occasion du 67ème anniversaire des massacres du 8 Mai 1945, il a encore abordé le changement. «Je m'adresse aux jeunes qui doivent prendre le témoin car ma génération a fait son temps» a-t-il insisté en répétant la phrase trois fois. Oui, mais alors, pourquoi ne l'avoir pas fait? Ni en 2004, ni en 2012. Il faut savoir que changer la nature du régime exige que certaines conditions soient réunies. Lesquelles? D'abord, il faut se rappeler dans quel état était l'Algérie à son arrivée en 1999. A la fitna qu'il fallait éteindre, il fallait redresser la situation économique désastreuse que chacun a en mémoire. Le pays était mis en quarantaine par le reste du monde. Sur le plan social, c'était le désert. Aux écoles incendiées, s'ajoutait l'absence d'une politique de l'éducation viable, les structures de santé publique manquaient d'équipements et de personnel qualifié, etc. etc. Il est clair qu'un ordre de priorité s'imposait. D'abord le retour de la paix. La Réconciliation nationale n'est pas venue d'une baguette magique. Il a fallu créer les conditions idéales et passer, dans un premier temps, par la concorde civile (8 juillet 1999). Ce n'est qu'en 2005 que le référendum sur la réconciliation a pu avoir lieu avec succès. Pour la constitutionnalisation de tamazight aussi, il a fallu le temps de «maturation» avec Yennayer jour férié. Ces deux exemples suffisent à dire que les grandes décisions d'une nation ne découlent pas d'une simple volonté, mais d'un contexte favorable à créer. De plus, Bouteflika, qui ne voulait pas être, dès 1999, «un président trois-quarts» n'a pu se réapproprier le quart restant que 15 ans après. Avec une plus grande liberté d'action et fort de l'expression populaire de ces derniers jours, aujourd'hui, il a plus de cartes en main pour changer le système. Son objectif depuis 1999. Ce système, bien enraciné, ne pouvait pas être changé par un claquement de doigts. Sauf à mettre en péril la paix et la stabilité!