La belle leçon de mars

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On ne peut pas parler d'un bras de fer entre le président de la République et les Algériens. Même si les propos peuvent être «crus» dans la bouche des jeunes, il reste que tous cherchent le bien du pays. Il serait injuste d'accuser le Président Bouteflika de vouloir simplement gratter quelques mois de plus au pouvoir. Le chef de l'Etat a bien le droit, mais également le devoir de faire en sorte que la passation de pouvoir se passe dans la sérénité. Beaucoup disent qu'il aurait dû le faire avant et ne pas attendre les derniers jours pour proposer une sortie par le haut pour le pays et ne pas sombrer dans le chaos. Mais les faits sont là. Le chef de l'Etat est algérien, comme nous tous. Il occupe la fonction, de loin, la plus sensible, de la République. Il a pensé un moment pouvoir concourir à sa propre succession. Il a eu tort. Le peuple le lui a rappelé avec l'art et la manière. Il a apprécié le procédé et reconnu son erreur à demi-mot. Cela ne veut pas dire qu'il faille aller dans un processus de correction. L'accès au pouvoir en Algérie ne doit pas ressembler au jeu de Monopoli. L'immense territoire, les 40 millions de citoyens, l'histoire plusieurs fois millénaire et la grandeur de son immense révolution d'indépendance, recommandent un maximum de sérieux, de sérénité et de maturité politique. D'autant plus que le pays est véritablement à la croisée des chemins. Il y a d'abord la transition générationnelle à assurer. La génération de la guerre de libération, atteinte par les limites biologiques se doit de laisser la suivante accéder aux affaires de l'Etat. Ajouté à cet impératif historique, les Algériens font le constat évident de l'usure d'un système qui a fait son temps. Le mode de fonctionnement de l'appareil politique doit changer. Cet autre impératif vient certainement compliquer la donne. Les Algériens auraient pu démocratiser sérieusement leur système en 1988. Ce n'était pas possible pour des raisons que tout le monde connaît. En laissant les choses stagner jusqu'aux «limites biologiques», il devient fastidieux d'opérer une double transition. Mais pour difficile que soit la mission du système et du peuple, il convient de souligner que les leçons du passé ont été retenues par tous. L'exemplarité des manifestations de ces trois dernières semaines sont le fait d'une société politiquement mûre, mais également d'un pouvoir qui a compris que la violence contre le peuple doit être proscrite. C'est la belle leçon de mars.