La solitude du Premier ministre

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Le Premier ministre ne nourrit certainement aucune illusion de voir les partis de l'opposition applaudir son gouvernement. Mais dans le même temps, il souhaite avoir l'assentiment, même froid, de la rue. En ces temps «révolutionnaires», ce ne sont pas les appareils qui décident, mais la nébuleuse, dont on ne peut pas connaître les contours et qu'on appelle le peuple.
Pour l'heure, Nouredine Bedoui n'est pas accrédité d'une quelconque période de grâce. Il a été torpillé au moment même où il a serré la main du président de la République. Missionné exclusivement pour mettre sur pied la Conférence nationale inclusive, le nouveau Premier ministre aura beaucoup de mal à convaincre l'opinion publique de la solidité de la démarche préconisée par le président de la République. En un mot comme en mille, le nouvel Exécutif donne de lui l'image d'un gouvernement né avec une tare congénitale.
Mais est-ce là la réalité? La question mérite d'être posée, à moins d'un mois après le début du mouvement populaire. C'est peut-être politiquement incorrect de le dire en ces temps de grands enthousiasmes «révolutionnaires», mais quatre semaines pour un mouvement qui ambitionne de passer d'une République à l'autre, ce n'est pas encore mûr comme processus. Pour l'heure, les Algériens sont dans la phase de «l'irruption», pourrait-on dire. C'est très beau à voir, réconfortant pour l'unité de la nation et instructif quant à la cohésion de la société. Mais ce n'est que la première phase.
Les prochaines étapes du mouvement seront, à n'en pas douter, moins festives. Il va falloir discuter, parce que les marches déclenchent des processus, mais ne construisent pas des Républiques. Le peuple est certes souverain, mais il lui faut choisir ses serviteurs. Ceux qui mettront les pierres, les unes sur les autres, pour bâtir cette nouvelle République que tout le monde appelle de ses voeux. Pour cela, il faut un minimum de structures. Un gouvernement est, dans ce cas de figure, incontournable. Bedoui pourrait redevenir populaire plus vite qu'on ne l'aurait cru. En attendant, lui et son équipe vivront des moments très difficiles. Cela c'est certain.